Daté du 15 mai, cet appel est publié dans la « partie non officielle » du Journal officiel du 16 mai 1871. Il est signé par Paschal Grousset, élu du XVIIIe arrondissement qui, depuis le 5 avril, est délégué aux Relations extérieures de la Commune. Au moment où se multiplient en dehors de Paris les appels à éviter le bain de sang, cet appel rédigé moins d’une semaine avant l’offensive versaillaise finale témoigne du sentiment que, faute d’action nationale en sa faveur, la Commune se trouve prise au piège, face à un gouvernement versaillais désormais maître de la situation.

Affiche de la Commune N° 323 du 15 mai 1871 - Appel aux grandes villes

 

 

 

Congrès « privé » des élus de la vallée du Rhône

Le 5 mai 1871, les membres de l'ancien conseil municipal de Lyon : Barodet ; Barbecot ; Baudy ; Bouchu ; Bouvatier ; Brialou ; Chepié ; Colon ; Condamin ; Chaverot ; Cottin ; Crestin ; Degoulet ; Despeignes ; Durand ; Ferrouillat ; Fertoret ; Hénon (membre du conseil sortant) ; Hivert ; Michaud ; Outhier ; Pascot ; Ruffin ; Vaille ; Vallier ; Chapuis et Verrières, élus du 30 avril, démissionnaires, lancent l’appel dont voici quelques extraits :

Citoyens,

La France n'a pu assister impassible à la guerre fratricide qui se poursuit entre Paris et Versailles.

De tous côtés des adresses ont été envoyées à l'Assemblée et à la Commune pour leur porter des paroles d'apaisement ; après les adresses, des délégations. Ces voix isolées se sont perdues dans les bruits du combat. Il faut parler plus haut, il faut que la grande voix de la France s'élève et fasse taire enfin celle du canon.

Assez de sang répandu, assez de ruines, assez de deuils …

Paris, assiégé par une armée française après l'avoir été par les hordes prussiennes, tend, une fois encore, ses mains vers la province …

Paris n'est pas la Commune, mais, tout en désapprouvant ses excès, Paris veut les libertés municipales comme base de la République. La cause qu'il défend est celle de toutes les villes de France. Comment pourraient-elles ne pas Intervenir dans un conflit où leurs intérêts les plus précieux sont engagés ? Quel esprit impartial pourrait soutenir que leurs tendances, leurs aspirations sont réellement représentées par l'Assemblée ? Comment dès lors n'auraient-elles pas le droit et le devoir de faire entendre leurs vœux  ? ...

C'est sous l'inspiration de ces pensées que Lyon a résolu de former dans son sein un congrès où il invite toutes les municipalités à envoyer des délégués.   Ces délégués auront à se concerter sur les meilleures mesures à prendre pour faire cesser la guerre civile, assurer les franchises municipales et affermir la République.

Le Congrès s'ouvrira dimanche 14 mai, à midi, au Grand Théâtre, où devront se présenter les délégués, munis de leurs pouvoirs. Nous comptons sur votre empressement à répondre à notre appel. D'une prompte intervention peut dépendre le salut de la France et de la République.

 

Quatre congrès ayant la même démarche auraient du se réunir.

« Il nous parut plus pratique de laisser les régions se grouper à leur convenance à Bordeaux, à Lyon, à Nantes ou à Angers, à Lille ou à Arras. L'entente de ces quatre grands congrès aurait constitué une imposante fédération d'où serait sorti le salut du pays.

C'est ce que le Gouvernement eut le triste et facile talent de prévoir et d'empêcher ; il frappa d'interdit les congrès projetés ; et diverses mesures d'intimidation découragèrent un grand nombre de villes. Les correspondances furent saisies ; les trois-quarts au moins de nos envois n'arrivèrent pas à destination ; l'invitation ne parvint pas à Grenoble ; et c'est par hasard que les délégués des Pyrénées-Orientales, envoyés à la découverte, se trouvèrent présents à Lyon le jour où nous ouvrions le congrès. Le parquet poursuivait les journaux ; le Progrès (de Lyon) fut saisi pour avoir affirmé la légalité de la réunion qui se préparait. En même temps, des lettres de vos délégués, MM. Floquet et Corbon nous informaient que Bordeaux, renonçant à l'action, entendait se borner à une sorte de congrès moral, à une campagne de pétition et d'adresses. » JB Ferrouilat

Les délégués de la vallée du Rhône jugèrent qu'il fallait renoncer à une démonstration officielle.   La réunion envisagée dans la salle du théâtre se déroula chez JB Ferrouillat.

 

Réunion « privée » du 14 mai

70 délégués environ y représentaient seize départements (...). Les deux délégués du Gard, élus dans un congrès préparatoire, représentaient la totalité de leur département.
Ils rédigèrent une adresse à M.Thiers et à la Commune.

Au chef du pouvoir exécutif de la République française,

à la Commune de Paris.

Les délégués, membres des conseils municipaux de seize départements réunis à Lyon, au nom des populations qu'ils représentent, affirment :

La République comme seul Gouvernement légitime et possible du pays, L'autonomie communale comme la seule base du gouvernement et demandent :

La cessation des hostilités ;

La dissolution de l'Assemblée nationale, dont le mandat est terminé, la paix étant signée.

La dissolution de la Commune ;

Des élections municipales dans Paris ;

Les élections pour une Constituante dans la France entière.

Dans le cas où ces résolutions seraient repoussées par l'Assemblée ou par la Commune, ils rendraient responsables devant la nation souveraine celui des deux combattants qui refuserait et menacerait ainsi de donner à la guerre civile de nouveaux aliments.

Ont signé les délégués des départements suivants :
Ardèche, Bouches-du-Rhône, Cher, Drôme, Gard, Hérault, Isère, Loire, Haute-Marne, Nièvre, Pyrénées-Orientales, Rhône, Saône-et-Loire, Savoie, Var, Vaucluse. (1)

 

Le Rappel du 15 mai 1871
Le Rappel du 15 mai 1871

Ayant désigné dix des leurs pour porter leurs observations à Versailles et à la Commune, ils arrivent à Paris le 20 mai, veille de l’ultime offensive des troupes versaillaises.

Le Rappel du 21 mai 1871

L’intransigeance de Thiers

De retour, ils déclarèrent : « Versailles, d'où nous venons, est figé, cristallisé ; M.   Thiers est immuable, invariable dans le thème qu'il s'est fait : libéralisme de l'Assemblée, héroïsme de l'armée ; il se répète avec une exactitude stupéfiante. (…)   Lui parle-t-on d'une entente, non avec, la Commune, mais avec Paris, avec l'opinion que représente la Ligue. Il affecte de ne pas comprendre.   Son refus est absolu. (…) »

Le Rappel du 21 mai 1871

 

N’ayant pas considéré leur démarche comme terminée, les délégués de Lyon se sont constitués en bureau central et permanent chargé de recueillir les adhésions contresignées par les délégués des autres villes.   Ainsi ils comptent entretenir une certaine agitation.

Comme le souligne Jacques Rougerie (2) :

« la France, au reste, tient peu de compte des volontés d'un pouvoir auquel elle n'a pas délégué tous ses droits. C'est ainsi que la loi municipale du 14 avril a été ouvertement bravée par de nombreuses villes. Cette loi, moralement, est morte. Lyon a nommé son maire et ses adjoints. (...) »

 

Sources

« La province en 1871 documents 2 » sur le site de Jacques Rougerie

Voir également son livre « La Commune de 1871 », 2009. Consultable sur Cairn.info

 

Notes

(1) – Jacques Rougerie indique quant à lui le département de Haute-Loire à la place de Haute-Marne, ce qui semble une erreur à la consulation des journaux d’époque comme Le Rappel du 21 mai.

(2) – « La province en 1871 » sur son site https://www.commune1871-rougerie.fr/

 

 

 

Paschal Grousset ! 

Au procès de Pierre Bonaparte, question d’usage sur les liens avec le prévenu, réponse de Grousset :

« Laetitia a eu trop d’amants pour que je puisse assurer qu’il n’est pas mon parent ! », bingo un stage de formation républicaine à Sainte-Pélagy ! Ce n’est pas son premier et il n’en a pas besoin !

Portrait de Grousset Paschal, (1845-1909), (journaliste, membre de la Commune)  par Legé, Georges Mathurin , Photographe (Musée Carnavalet - Histoire de Paris)Né à Corte d’une maman corse et d’un père originaire de Grisolles dans le Tarn et Garonne, bache­lier es-lettres du lycée de Montauban où son père enseigne les mathématiques, il part au lycée Char­lemagne préparer Normale Supérieure. Moqué par les bourgeois parisiens, provincial et boursier c’est sa première révolte, il se construit une personnalité et si on le veut provincial il sera Corse ! Il ajoute un h à son prénom, le voilà Paschal Grousset ! Ce ne sera pas son seul déguisement, il y en aura d’autres !

Il se tourne vers la médecine, brillant mais il abandonne alors qu’il a l’externat et se tourne vers le journalisme en 1865. Il écrit dans divers journaux professionnels puis à la Gazette de Paris, dans le Figaro sous un pseudo sur des questions médicales, donne des conférences scientifiques.

La politique le démange, il fréquente le café de Madrid où il écoute Gambetta et discute avec Delescluze, rencontre Vallès et Vermorel dans un cabinet de lecture, ils l’entraînent l’un à la rédaction de La Rue, l’autre à la Réforme. Au Figaro il a rencontré Rochefort qui l’embarque dans l’aventure de la Marseillaise en 1869. Il y est rédacteur au moment de la polémique du journal contre le prince Bonaparte qui tue le journaliste de la rédaction, Victor Noir le 10 janvier 1870. Enterrement de ce dernier en forme d’émeute que Vallès nous fait bien vivre dans l’Insurgé. La rédaction de la Marseillaise à Sainte-Pélagie et notre tarno-corse déjà sur les tablettes de la police depuis 1867 a désormais un écriteau dans le dos : révolutionnaire potentiel, et 6 mois de prison !

Il sort le 27 août 1870 pour assister à la chute de l’empire et reprendre du service, il participe à relance la Marseillaise, s’engage au 18e Bataillon de chasseurs à pied. Démobilisé le 6 mars, le 26 mars, il est élu au conseil de la Commune par le XVIIIarr. (13 359 voix sur 17 443 votants) .

Il est nommé délégué à la Commission des Relations extérieures le 29 mars, devient délégué à ce département le 20 avril. Il réorganise le secteur dans l’esprit du Comité de Salut Public dont il est un  partisan résolu. Membre de la majorité et du comité de Salut public, il prêcha une farouche énergie dans l’Affranchi, « journal des hommes libres » dont il fut le rédacteur en chef du 2 au 25 avril. Il estimait alors que la Commune gagnerait de proche en proche les grandes villes d’abord, les villes de moyenne importance ensuite ; c’est d’ailleurs à la France qu’il s’adressait dans le manifeste publié au Journal officiel du 16 mai et dont le congrès conciliateur de Lyon avait été la cause immédiate : « Grandes villes (...) le temps est aux actes, quand la parole est au canon. » il présenta ses adversaires comme les « nouveaux Girondins » !

La Revue Blanche du 15 mars 1897

Grousset est d’abord un républicain, il résume son état d’esprit dans la Revue Blanche en 1897 :

« Chez tous, l’idée dominante, l’idée maîtresse était la nécessité primordiale de défendre la République, directement attaquée par une Assemblée cléricale et royaliste. La république de nos rêves n’était assurément pas celle que nous avons. Nous la voulions démocratique et sociale, et non pas ploutocratique (…) Travail pour tous, éducation pour tous, défense nationale pour tous, confiance inébranlable dans les destinées de notre race, - tel était le mot d’ordre qui surgissait spontanément du cœur de Paris exsangue et qui s’incarnait à ses yeux dans la République. »

Arrestation de Paschal Grousset déguisé en femme.Après la défaite, caché chez des amis il est arrêté le 2 juin, écroué à Versailles dans une cellule voisine de celle de Rochefort et se refusa systématiquement à répondre au 3e conseil de guerre du 8 au 31 août. Il n’est pas condamné au peloton d’exécution, mais, le 2 septembre, à la déportation et à la détention dans une enceinte fortifiée. Il est, dans un premier temps, enfermé au fort Boyard, de septembre 1871 à mai 1872. Embarqué à Brest sur la Guerrière, après un voyage de quatre mois et demi , il débarque sur la Presqu’Ile Ducos, en Nouvelle-Calédonie, fin octobre 1872.

Le 21 mars 1874 c’est la célèbre évasion avec Pain et Rochefort, ses codétenus à la presqu’île Ducos, ainsi que Ballière, Bastien, Granthille, et Jourde qui travaillaient à Nouméa .

Il gagne l’Angleterre, s’y installe, continue le journalisme, amnistié il rentre en France, fait encore du journalisme, échoue en « politique corse », devient romancier sous divers pseudonymes, traduit et publie L’île au trésor de Robert-Louis Stevenson. Cosigne un roman avec Jules Verne, se lance dans le développement du sport dans un esprit démocratique à l’inverse de Coubertin et dans le cadre d’une instruction laïque, gratuite et obligatoire. Redevient député de Paris comme socialiste indépendant en 1893…

Bref sa vie est un roman !

Paschal Grousset par Le Petit Alfred

 

Pour en savoir plus sur cet attachant personnage :

Xavier Noël ,Paschal Grousset.De la Commune de Paris à la Chambre des députés. De Jules Verne à l'olympisme. Les Impression Nouvelles. 2010

https://maitron.fr/spip.php?article49816

Pierre Alban Lebecq.    Une œuvre politique éclairée par la science. Paschal Grousset (1844-1909) et l'éducation physique

https://www.cairn.info/revue-sciences-sociales-et-sport-2012-1-page-87.htm

https://gallica.bnf.fr/blog/04032016/paschal-grousset-dit-aussi-andre-laurie-1844-1909?mode=desktop

Deux articles sur P. Grousset sur notre site :

Paschal Grousset le Communard et... Jules Verne de Xavier Noël

PASCAL ET PASCHAL DESTINS CROISÉS de Yannick Lageat