Un chiffon faisant office de drapeau rapidement noué sur une longue hampe fichée en terre, Louise Michel pose le pied sur une barricade détruite dont il ne reste plus que les pavés. Vêtue d’une lourde redingote sur une robe à plis, elle est l’allégorie féminine invaincue de la Commune de Paris. Tant pis si ce costume n’évoque pas la chaleur du mois de mai si bien peinte par Maximilien Luce, et si Louise Michel portait plutôt l’habit des Fédérés que la robe.

Sous le réalisme apparent, cette statue fait partie d’un ensemble de dix oeuvres monumentales assez académiques d’environ quatre mètres de haut représentant des femmes illustres. Immergées dans la Seine autour du pont Alexandre III lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Paris le 26 juillet 2024, elles sont présentées pendant l’été rue de la Chapelle dans le 18e arrondissement avec un décor arboré, aménagé à cet effet, menant à la nouvelle Arena de 8 000 places. On peut s’étonner, mais on ne s’en plaindra pas, que le modernisme historique accepte cette haute figure d’un mouvement révolutionnaire lourdement réprimé qui a posé, malgré tout, les bases de la IIIe République. Lors de cette cérémonie, rappelons que La Marseillaise était chantée du haut du toit du Grand Palais lors du passage devant les statues dans un élan populaire enthousiaste.
Réalisées en résine polymère de couleur or, les statues appartiennent au Comité international olympique qui en gère l’image photographique. Parmi les plus connues de ces femmes illustres, il y a Christine de Pizan, Olympe de Gouges, qui rédigea la Déclaration des droits de la femme, Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi et Simone Veil mais aussi d’autres moins connues comme Jeanne Barret, Alice Milliat, Paulette Nardal et Alice Guy. On peut lire un texte de présentation pour chacune, ce qui rend cette agréable promenade particulièrement instructive.
Dommage, en ce qui concerne l’apport de Louise Michel, que notre république n’ait pas comme elle, un regard décolonisé sur les indépendantistes de Nouvelle-Calédonie qui refusent d’entériner la confiscation de leurs terres et s’opposent au projet de « destin commun » de 2024.
EUGÉNIE DUBREUIL
Métro Porte de la Chapelle, Paris







