DEUX GÉANTS DANS L’HISTOIRE : HUGO ET LA COMMUNE

Christian Godin, Victor Hugo et la Commune, Éditions Champ Vallon, 2024

Christian Godin, Victor Hugo et la Commune, Éditions Champ Vallon, 2024

« Le cadavre est à terre et l’idée est debout ». Victor Hugo avait le sens de la formule. Même si cet alexan­drin est antérieur à la Commune de Paris, il s’applique impeccablement à cet évènement historique majeur pour notre pays et le monde ouvrier. Quel fut le rôle de ce monstre sacré de la littérature dans ces journées parisiennes ? Christian Godin pro­pose une analyse fouillée, étayée par des écrits, des témoignages, des relations entre Victor Hugo et la Commune, un ouvrage dense, publié aux éditions Champ Vallon en 2024.

Il faut chercher au sein de L’Année terrible, recueil de poèmes écrits en 1872, retraçant les souffrances de 1870-1871 et de Quatre-Vingt-Treize, son dernier roman qui, rela­tant la Terreur, évoque en filigrane la Commune.

Quelle est la pensée politique et sociale d’Hugo ? Trois points forts. Il s’appuie sur la Révolution, celle de 1789, portant la République de droit naturel. Il se reconnaît dans l’expression, une République uni­verselle, démocratique et sociale. Celle que Paris reprit de mars à mai 1871. Paris, pour lui, est une ville monde : Des révolutions, Paris est le volcan. Sans oublier la question sociale, la misère. À son retour en 1870, c’est une stature d’homme proche du peuple, de démocrate, de républicain. Il reste à Paris lors du siège. Élu à l’Assemblée en janvier 1871, il se rend à Bordeaux, outré des attitudes, il en démissionne le 8 mars 1871. Il découvre l’attitude de l’armée, les jeux politiques. Lorsqu’éclate la Commune, il la dés­approuve, elle s’opposerait à la République. Pourtant, l’idéal com­munaliste, la fédération des com­munes de France, les décisions sociales de la Commune, la sépara­tion de l’Église et de l’État, l’ensei­gnement, figurent parmi les thèmes hugoliens. Il s’adresse aux commu­nards : Prenez garde, vous partez d’un droit pour aboutir à un crime. Le crime, ce sont les troupes ver­saillaises qui l’ont commis. Toute l’ambiguïté est là, mâtinée de naï­veté. Il lui faudra découvrir les mas­sacres de fin mai pour comprendre. Il voulait rassembler, il est écartelé entre l’idéal et le réel.

Il accueille, à Bruxelles, des exilés et subit la violence, le mépris, le rejet. Il mesure la réalité, comprend l’intensité de la répression. En France, il se bat pour l’amnistie, son dernier grand combat. Et enfin arrivera cette loi d’amnistie du 10 juillet 1880 après des années de douleur.

FRANCIS PIAN

 

 

POMPES FUNÈBRES  LES MORTS ILLUSTRES 1871-1914

Michel Winock, Pompes funèbres, les morts illus­tres 1871-1914, Éd. Perrin, 2024

Michel Winock, Pompes funèbres, les morts illus­tres 1871-1914, Éd. Perrin, 2024 

Michel Winock nous propose vingt funérailles républicaines. La mort est présente depuis l’ignoble Semaine sanglante de mai 1871 jusqu’à la tuerie mondiale de 1914. Parmi ces vingt personnes, cinq sont des femmes, et pas forcément connues du grand public : Hubertine Auclert, Mathilde Bonaparte, Louise Colet, George Sand et Louise Michel.

L’intention de l’auteur est d’associer la conception républicaine à la fin de vie de 20 personnalités. Ces funérailles sont l’objet de mouve­ments d’opinion, de jugements contradictoires, de reconnais­sances, de rancoeurs. Elles sont sou­vent prétexte à expression, voire passion politique, lors de la céré­monie. Certaines sont des funé­railles nationales, d’autres plus dis­crètes.

Chaque personne a droit à une ico­nographie. Les funérailles de Jean Jaurès font photo de couverture. Nous découvrons dix photos de funérailles, six de monuments funé­raires et quatre icônes diverses.

Les morts sont différentes : Rossel est fusillé, certains sont assassinés, Péguy tombe sous les balles alle­mandes ; comme lui, Jaurès est tué d’une balle dans la tête, d’autres sont emportés par la maladie, la vieillesse… Nous comprenons que la IIIe République mette en place le culte des morts, souvent laïque. Ce sont les obsèques de Victor Hugo qui vont entraîner les pan­théonisations (fort actuelles en ce moment) : quatre morts sont au Panthéon, cinq au Père Lachaise. Le livre commence par évoquer Louis Rossel, officier communard patriote. Jules Vallès, Louise Michel, Henri Rochefort sont là pour la Commune. Par ricochets, nous trouvons Gambetta, Victor Hugo, Jules Ferry, George Sand et l’Adolphe. Se rajoutent à cet inven­taire, Michelet, Renan, Pasteur, Zola, et le pantalonnesque Félix Faure. En fin d’ouvrage, une table bibliographique permet d’entrer plus avant dans la connaissance de ces mort.e.s illustres.

MICHEL PINGLAUT

 

 

LENDEMAINS DE DÉFAITE  : 1870-1871 DANS L’IMAGINAIRE  DE LA IIIE RÉPUBLIQUE

Lendemains de défaite 1870-1871 dans l’imaginaire de la IIIe République, sous la direction de Marion Glaumaud-Carbonnier & Nicolas White, Presses Universitaires de Lyon, 2024

Lendemains de défaite 1870-1871 dans l’imaginaire de la IIIe République, sous la direction de Marion Glaumaud-Carbonnier & Nicolas White, Presses Universitaires de Lyon, 2024

À partir du constat que les guerres extérieures comme civiles nous font penser les évènements à travers la politique et le mili­taire, Marion Glaumaud-Carbon-nier, universitaire lyonnaise et Nicolas White, de Cambridge, orientent nos regards et pensées vers la culture et les arts. La guerre franco-prussienne et la Commune, traumatismes majeurs, ont influencé l’activité artistique. Cet ouvrage est issu d’un colloque à Cambridge. C’est un ouvrage mosaïque en trois parties : 1) des lendemains incertains : composer avec la défaite, 2) des lende­mains vaincus : édifier des pers­pectives, 3) des lendemains futurs : veille et mobilisation cul­turelle.

Au début, c’est l’analyse des enfants dans les deux évène­ments, avec un traitement parti­culier pour le prince impérial. Les soirées de Médan, l’expérience collective des quatre écrivains autour de Zola, sont évoquées. Georges Bizet montre comment un artiste passe du chant patrio­tique au chant de liberté.

Maurice Barrès ressasse 70-71 à la lumière de la Grande Guerre.

La 2e partie traite de l’influence des naturalistes et les artistes deviennent jardiniers. L’attitude de George Sand est comparée entre 1848 et 1870-71, avec un regard sur le monde rural.

L’art pictural et l’iconographie tiennent compte des peintres combattants présents sur les lieux de bataille : Édouard Detaille, Auguste Lançon, Georges Jeanniot, Aimé Morot, Pierre Lagarde et Maurice Boutet de Monvel. Notons la force sym­bolique de la Débâcle de Zola et de la statue Strasbourg sur la place de la Concorde.

Dans la dernière partie, on évoque un « Sedan culturel ». Alexandre Dumas est considéré comme un prophète de la défaite avec La terreur prussienne (1867).

Où retrouver le panache ? Dans Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand. L’arrivée à Paris de chefs d’orchestre germaniques, 23 ans après est un changement de men­talité. Marc-Amédée Gromier est mis en éclairage.

Les différents angles adoptés per­mettent de réévaluer la notion de revanche et élargit les regards sur mémoires, arts, combats d’idées.

MICHEL PINGLAUT

 

 

LE PEUPLE EN CHANSONS

Jean-Pierre Gilbert, Emmanuel Delorme, chansonnier incorrigible et communard berrichon. Ed. La Bouinotte, 2024

Jean-Pierre Gilbert, Emmanuel Delorme, chansonnier incorrigible et communard berrichon. Ed. La Bouinotte, 2024

Parmi les inconnus de la Commune de Paris, Emmanuel Delorme, chansonnier incorrigi­ble et communard berrichon, titre du livre de Jean-Pierre Gilbert, publié en partenariat avec les éditions de la Bouinotte.

Du mystère dans ce person­nage auteur de 200 chansons, journaliste, proscrit genevois après 1871. « Le propos de l’au­teur est plus simplement de ren­dre au Berry un chansonnier, arti­san obstiné de la chanson popu­laire et des goguettes, ce phéno­mène répandu dans toute la France au 19e siècle, mais aujourd’hui oublié. » Delorme naît à Saint-Amand-Montrond en 1837 et « monte » à Paris en 1855 pour exercer ses talents de chansonnier et d’ouvrier. Les chansons étaient partout dans les rues, dans les goguettes, dans la culture populaire sous le contrôle obsédé de la police de Napoléon III. « Ouvrier comme nous et poète à ses heures », le considère le jour­nal Les coquelicots. La chan­son véhiculait poésie, des faits divers jusqu’aux actes politiques, des idées et les goguettes constituaient des lieux d’éducation populaire. Jean-Pierre Gilbert mêle la vie d’un témoin et une approche sociologique et historique très intéressante. Les chan­sons sont regroupées en bro­chure, dans des journaux.

Un homme de conviction

Delorme y écrit, La Rue de Jules Vallès notamment. Jean-Pierre Gilbert en extrait deux articles, esquissant un très beau portrait de Millière et un autre de Jean-Baptiste Clément. Un homme de conviction, Emmanuel Delor-me, comme son père républi­cain déporté en Algérie après le coup d’Etat de 1851. Pendant la Commune, il intè­gre la Garde nationale. Il se réfugie à Genève, s’implique dans la solidarité envers les proscrits et le retour fut rude, Paris avait changé.

Un florilège de chansons

Benoît Malon publie un article dans La Revue socialiste sur les chansons de Delorme. Son Paris apparaît à travers La Grisette travailleuse, La Peste, Pied de grue, des titres évoca­teurs comme les tableaux de Steinlen. Comment choisir ? Jean-Pierre Gilbert reprend celles sélectionnées avec ses amis Marie-Annick Bourgui-gnon et Michel Pinglaut pour leur spectacle cabaret histo­rique. Michel Pinglaut, pas­sionné de sa terre, le Berry, de sa culture et des communards, dynamique co-président du comité du Berry des Amies et Amis de la Commune de Paris 1871, préfacier, au style enlevé, de cet ouvrage. Une étude historique de la vie sociale à travers les chansons du peuple.

FRANCIS PIAN

 

 

ANDRÉ LÉO  ÉCRITS DU TEMPS  DE GUERRE  - ARTICLES ET MANUSCRITS

André Léo, Écrits du temps de guerre, Éd. Ressouvenances, 2021

André Léo, Écrits du temps de guerre, Éd. Ressouvenances, 2021

On connaît mieux désormais André Léo. Cette femme d’ex­ception, révolutionnaire et féministe, écrivaine et roman­cière, occupe une place de premier plan dans le cercle des artistes engagés durant la Commune de Paris. Avant, pendant et après L’Année terri­ble ( Victor Hugo) elle n’aura de cesse de développer et de mener à bien une réflexion plurielle sur les événements de cette année-là. Avec une même écriture sobre et dépouillée, à la fois passion­née et pédagogique, ses Écrits du temps de guerre en sont l’illustration.

Fondamentalement on peut distinguer trois thématiques dans ces pages lumineuses : d’abord l’enjeu républicain qui traverse toutes ses analyses, cette idée républicaine qui fait le continuum historique français depuis la révolution de 1789. Ensuite la mise en perspective d’une République sociale et politique qui va toujours de pair avec la mise en avant du syndicalisme, des revendications ouvrières et de l’Association internationale des travailleurs (AIT). Enfin ces pages décrivent avec rigueur une certaine et spéci­fique situation militaire jus-qu’à la capitulation de l’armée française le 28 janvier 1871.

Ainsi se trouve mieux cernée la séquence de la Commune (72 jours) avec ses réformes de fond et son inévitable ago­nie lors de la Semaine san­glante.

André Léo en fut le témoin, actrice engagée au plus près des luttes en tant que com­battante, polémiste et vision­naire.

Plus encore, dans les articles de presse et les manuscrits qui représentent la seconde partie du livre, André Léo fait correspondre, aux trois enjeux cités plus haut, ses intimes convictions récurrentes : en premier lieu la question fémi­niste et la revendication des droits des femmes, véritables fils directeurs de sa pensée dans le temps même où elle prophétise déjà les futures luttes révolutionnaires et notamment celles actuelles.

En deuxième lieu, André Léo insiste beaucoup, et avec le recul historique de ses textes, sur l’impératif du non-retour au passé et à l’ordre ancien.

De la même façon, et c’est le troisième point, l’auteur souligne en permanence la nécessaire homogénéisation, spatiale et politique, du com­bat dans l’espace national.

À noter par exemple, et de manière paradigmatique, ces quelques articles essentiels sur, d’une part, le fétichisme dans « La République des tra­vailleurs », article que n’au­rait pas renié Marx et, d’autre part sur le commun des com­bats (« La France avec nous », « Aux travailleurs des cam­pagnes » et « Toutes avec tous »). Ce dernier article se conclut ainsi : Le peuple vaincra.

En tout et pour tout, un livre à lire et à relire, sur l’idéal démocratique et la lutte des classes, un livre qui s’attache non à l’homme abstrait, ce fétiche, mais à la condition de l’homme concret.

Hommage et respect pour André Léo.

JEAN-ÉRIC DOUCE

 

 

ANDRÉ LÉO  À EMPORTER

André Léo, Un mariage scandaleux, Éd. Association des publications chauvi­noises cahier 25, 2000

André Léo, Un mariage scandaleux, Éd. Association des publications chauvi­noises cahier 25, 2000

Nouvellement entré dans notre bibliothèque, Un mariage scanda­leux, premier roman d’André Léo est à emprunter, ainsi que d’au­tres ouvrages passionnants, pour être lu tranquillement chez soi. Publié à compte d’auteur, il est écrit en 1862 alors qu’elle est mariée depuis une dizaine d’an­nées avec le journaliste Grégoire Champseix, longtemps proscrit par Napoléon III.

Ce roman, qui fit sa célébrité et que l’on peut qualifier de cham­pêtre selon la terminologie de l’époque se passe dans la cam­pagne poitevine qu’elle connaît bien, comme les romans de George Sand se passent en Berry. À part les premiers chapitres des­criptifs de l’environnement, l’ac­tion est vite placée sous le signe des différences culturelles entre les bourgeois et les paysans. Des scènes de rapports cyniques comiquement traitées alternent avec des naïvetés concernant par exemple les fantômes et des tour­nures de parler populaire en ita­lique. Pas question de « sortir de son état » même par l’éducation ! Organisé en petits chapitres de la longueur d’une parution en feuil­leton, c’est un roman où l’on pleure beaucoup, romantisme oblige, mais la volonté d’être libre est permanente.

André Léo donne la parole aux femmes sur l’amour et la manière de construire une nouvelle vie de couple comme celle qu’elle s’est faite dans sa propre vie.

Eugénie Dubreuil

 

 

RETROUVER UN COMBATTANT  DE LA GUERRE DE 1870 OU DE LA COMMUNE

Jérôme Malhache, Retrouver un combattant de la guerre de 1870 ou de la Commune, Éditions archives et culture, 2023

Jérôme Malhache, Retrouver un combattant de la guerre de 1870 ou de la Commune, Éditions archives et culture, 2023

Ce livre est un guide de généalo­gie qui donne de nombreuses pistes pour retrouver un combat­tant de la guerre de 1870 ou un combattant sous la Commune, communard ou versaillais. La répression est aussi traitée.

75 % du livre sont consacrés à la guerre de 1870. Nous trouvons des pistes de recherche très diverses pour l’armée, la Garde nationale, les corps francs, les volontaires, les prisonniers...

Pour la Commune de Paris, son action est mal résumée en deux pages. Le seul intérêt réside, là aussi, dans les sources disponi­bles pour la recherche de commu­nards et de versaillais. Il est aussi mentionné la recherche de dispa­rus lors de la Semaine sanglante, des prisonniers et des condam­nés.

Différentes pistes de recherche existent : état civil, rapports des conseils de guerre, archives hos­pitalières, tribunaux, archives nationales (à Pierrefitte), presse de l’époque...

Ce livre donne des pistes pour une recherche efficace. Il sera très utile pour un généalogiste amateur.

JEAN-MARC DOMART

 

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