Le bagne oublié

Le bagne de Nouvelle-Calédonie n’a jamais été oublié des Amis de la Commune de Paris, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. L’exposition La Nouvelle-Calédonie, le bagne oublié, que l’on peut voir actuellement à la Seyne-sur-mer (Var) est donc extrêmement bienvenue. Elle est organisée avec le concours des Archives nationales d’outre-mer, le Musée de l’histoire vivante de Montreuil, la Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris et deux associations maçonniques, le Grand Orient et la Grande loge nationale. C’est dire le sérieux de la documentation réunie.

Dès la prise de possession de ce territoire par Napoléon III en 1853, la Nouvelle-Calédonie devient un bagne. Jusqu’en 1931, elle verra arriver 22 000 transportés dont 1000 femmes, 4000 déportés politiques et autant de relégués.
Que reste-t-il aujourd’hui de toute cette violence ? La photographe Marinette Delanné confronte un reportage sur place aux archives et objets évoquant les destinées de cette population où se mêlent de petits et grands criminels aux opposants politiques, médecins militaires et surveillants.

Les déportés de la Commune, transportés comme des animaux à bord de « La Virginie  » en 1872 y ont évidemment toute leur place. Parmi les documents, une carte (ci-dessus) établie par Emile Giffault, déporté, retrace le trajet de près de quatre mois de la frégate de Toulon à Nouméa en passant par les escales d’Afrique, d’Amérique du sud et des îles gelées de l’Antartique. Une photographie d’Allan Hughan, prise en 1876 et sobrement intitulée «  le boulevard du crime » à l’île Nou, le bagne proprement dit montre le dispositif en camp de concentration où vivaient les déportés en vase clos. Rappelons à cette occasion que Louise Michel, matricule 2182, sera une des rares déportée à nouer des contacts anticoloniaux avec les populations kanaques de Nouvelle-Calédonie relatés dans son livre Légendes et Chansons de geste canaques, publié à son retour.

L’exposition est visible jusqu’à l’été prochain ce qui laisse aux vacanciers tout loisir de la découvrir.

Eugénie Dubreuil

Musée Balaguier, 924 corniche Bonaparte 83500 La Seyne-sur-mer, du 24 novembre 2012 au 15 septembre 2013, de 10 à 12h et de 15 à 18h, tous les jours sauf lundi.
Entrée 2 et 3 euros.