La Mairie du XIe arrondissement de Paris avait convié en début d’année tous les acteurs locaux qui souhaitaient participer à la célébration du 150e anniversaire. Les Amies et Amis de la Commune en étaient.
L’inauguration du Jardin Louise Talbot-Augustin Avrial.
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Le coup d’envoi a été donné le 5 mai, avec l’inauguration d’un jardin dédié à ce couple militant, qui a vécu jusqu’en 1871 dans le quartier anciennement ouvrier de Popincourt, et qui s’était marié le 5 mai 1866 à la mairie du XIe toute proche (1).
Une trentaine de personnes ont pu assister à cette commémoration, autour du maire François Vauglin, de l’ancien député-maire Patrick Bloche, de Laurence Patrice, adjointe à la maire de Paris chargée de la Mémoire et des élu.e.s de l’arrondissement. Notre association, conviée, était représentée par son co-président, Roger Martelli, ainsi que Claudine Rey, Françoise Bazire…
Prenant la parole en premier, le maire du XIe se dit heureux d’ouvrir le 150e anniversaire avec cette inauguration, qui honore un couple représentatif de la population ouvrière du quartier. Intervenant ensuite, Roger Martelli se félicita que justice soit rendue à Louise Talbot « dont on sait peu de choses, sinon que cette femme du peuple fut une des militantes, alors peu nombreuses, de l’Association internationale des travailleurs ». Puis il évoqua la figure d’Avrial, pionnier du syndicalisme des « métallos », élu du XIe à la Commune, dont le nom est associé à deux des mesures les plus emblématiques de la Commune : la réquisition des ateliers abandonnés et la restitution gratuite des objets déposés au Mont-de-Piété.
Pour compléter cette inauguration, une conférence à distance sur Augustin Avrial fut donnée, le soir, par Michel Puzelat, en direct de la salle Henri-Mortier (un autre communard) de la mairie du XIe.
Quelques jours plus tard, Françoise Bazire donna une conférence (non virtuelle) sur les femmes dans la Commune, dans la salle des fêtes de la mairie, devant une trentaine de personnes.

La commémoration de la dernière barricade, rue de la Fontaine-au-Roi.
Le temps fort du 150e anniversaire a été, le 28 mai, la commémoration de la dernière barricade, dite du « Temps des Cerises » (2). Cette commémoration est rituelle, mais elle a revêtu cette année une ampleur tout à fait exceptionnelle.
Il y eut en premier lieu la commémoration proprement dite, à l’initiative des sections locales du PS et du PCF. Tour à tour, Jérôme Meyer et Bénédicte Dageville, secrétaires des sections socialiste et communiste du XIe, rappelèrent le combat des communards et des communardes. Puis, Roger Martelli, au nom des Amies et Amis de la Commune, lista les « crimes » que leurs adversaires reprochaient aux communards : vouloir la démocratie, une vie digne, l’égalité, la laïcité, et évoqua le long combat pour leur rendre justice. François Vauglin, maire, souligna l’actualité des idées portées par la Commune. Pour finir, Patrick Bloche évoqua la répression et le long combat pour que justice soit rendue aux communards, depuis l’amnistie de 1880 jusqu’à la réhabilitation de 2016.
Mais le meilleur était à venir : un spectacle de rue, intitulé « le Pari de la Commune », à l’endroit même de la dernière barricade, 150 ans après, jour pour jour. Le spectacle était conçu par une compagnie du quartier, « Ombre en Lumière » et le théâtre du Local, avec une quarantaine de comédiens, choristes, musiciens, devant une barricade reconstituée. Trois tableaux vivants évoquèrent la genèse de la Commune, son action et la Semaine sanglante, en s’appuyant sur des textes (Varlin, André Léo, Victorine Brocher, Louise Michel…), présentés par Lissagaray, et des chansons d’époque soutenues par une fanfare. Cela devant un public très réactif de plus de 500 personnes, massées dans la rue et aux fenêtres, qui ont repris les chansons les plus connues, ont crié « Vive la Commune ! » et même « À bas les Lallement ! ». Un moment émouvant quand les enfants, assis par terre aux premiers rangs, se joignirent spontanément aux comédiens pour danser sur l’air du Sire de Fisch-Ton-Kan.
Ce fut un beau moment, qui associa pleinement le quartier — et au-delà — à cette célébration de la Commune, offrant la première vraie occasion de fête de rue « déconfinée », qui restera sans doute dans les mémoires. La longue ovation qui salua la fin du spectacle dit assez que ce fut une belle réussite.
Le 150e anniversaire continue dans le XIe.
L’exposition « Les 72 jours de la Commune », portée par notre association, est visible dans la rue jusqu’au 17 juin, tout à côté de la rue Charles-Delescluze, de l’école où siégeait le Comité central de la Garde nationale et de l’église « Marguerite », où se réunissait le club des Prolétaires.
Le 5 juin, la MJC Mercœur propose un jeu de piste dans l’arrondissement sur le thème de « La Commune et le 11e » et une exposition. La MJC a pour cela bénéficié des conseils avisés d’une voisine nommée Claudine Rey…
MICHEL PUZELAT
Notes :
(1) Sur Augustin Avrial et Louise Talbot, voir La Commune, n° 73, 2018-1 : Augustin Avrial (1840-1904) syndicaliste, communard et inventeur
(2) L’honneur d’avoir vu tomber la dernière barricade est revendiqué à la fois par le XIe et par le XXe (rue Ramponneau) ; disons donc les deux dernières barricades… Quant à l’appellation « barricade du Temps des Cerises » pour la barricade de la Fontaine-au-Roi, on la doit à Alain Rustenholz (Paris ouvrier) pour évoquer la « vaillante Louise », « l’ambulancière de la dernière barricade et de la dernière heure à qui Jean-Baptiste Clément dédia longtemps après la chanson des Cerises » (Louise Michel).








