S’ENGAGER MAIS JUSQU’OÙ ?

De l’avis de la plupart des quelque 40 participants, la journée d’étude du 24 janvier 2026 a permis une discussion particulièrement dense et stimulante. La question posée pour ce rendez-vous annuel s’y prêtait sans doute :

« Jusqu'où les Amies et Amis de la Commune de Paris 1871 peuvent-ils, doivent-ils s'engager dans les questions d'actualité ? »

Après l’introduction reposant sur deux exemples récents, les massacres de manifestant·e·s en Iran (25 000 morts en deux semaines renvoyant aux 25 000 disparu·e·s de la Semaine sanglante) et la nouvelle persécution des Kurdes du Rojava, région qui s'est dotée, en janvier 2024, d'un contrat social bâti sur le modèle de la Commune de Paris, les premiers intervenants ont rappelé l’article 4 des nouveaux statuts sur la neutralité « partidaire » de l’association :

« À l’image de la Commune elle-même, l’association rassemble des personnes de sensibilités différentes et d’appartenances politiques variées. Il importe donc que les opinions et engagements de chacune et chacun (notamment dans des organisations ou des partis politiques) se fassent discrets et ne soient en aucun cas affichés lors des diverses manifestations publiques de notre association. »

Selon la majorité des intervenant·e·s, ce dispositif, s’il demande une « réserve » politicienne, à savoir ne pas afficher son appartenance éventuelle à un parti politique, n’interdit nullement aux Ami·e·s d’affirmer leur solidarité ou leur soutien à des citoyen·ne·s du monde et de France, engagé·e·s dans des actions, des mouvements, des points de bascule historiques, des projets porteurs de références à la Commune. D’autres exemples ont été cités : les « Communes » du Chiapas au Mexique ou celles du Venezuela, au-delà de ce que chacun·e pense de Maduro.

Il a d’ailleurs été rappelé qu’en 1998, les Ami·e·s avaient défilé dans Paris sous une banderole saluant la France « black-blanc-beur » à l’unisson de tout le pays.

Les ami·e·s du Berry ont raconté leur expérience, difficile, autour de l’incarcération de juin 2024 à juin 2025 de Guillaume Vama, indépendantiste kanak, dans la prison de Bourges, à près de 17 000 kilomètres de Nouméa, à la suite de la révolte du mois de mai contre l’entrave du processus électoral par les autorités métropolitaines. Face à cette « déportation/incarcération », comme en un miroir inversé de la répression des communard·e·s, il avait alors semblé à des membres du comité berrichon que celui-ci devait manifester sa solidarité avec le prisonnier. Il a été rappelé à cette occasion que notre bulletin n’a pas vocation à lister les engagements des comités. Mais qu’il est, par contre, toujours bienvenu d’envoyer un article qui relie passé et présent, ce lien étant la Commune.

Plusieurs adhérent·e·s présent·e·s ont réaffirmé que l’association des Ami·e·s de la Commune de Paris 1871 était « par essence » politique, et pas seulement historique. En témoignent aussi les thèmes annuels de réflexion – liberté de la presse, éducation, services publics, pour ne citer que les trois derniers.

La révolte des gilets jaunes a été rappelée : leur référence à la Commune, leur présence lors des montées au Mur, auraient-elles dû inciter à une solidarité, alors que le tropisme d’extrême droite de certains d’entre elles/eux s’affichait sans complexe. Pouvons-nous alors faire le « tri » entre les bons et les mauvais héritier·e·s de la Commune ? Question compliquée...

Se pose aussi la question du comment ? Comment relier le présent au passé ? Quelle forme peut prendre un signe de solidarité vis-à-vis d’un mouvement, d’un collectif, d’une région, etc. ? Cela doit-il passer par une déclaration, un « affichage » dans les réseaux sociaux des Ami·e·s, un article sur le site ou dans le bulletin ?

Et enfin, où sont les limites ? Elles pourraient se trouver dans cette proposition : ne pas se manifester dans tout événement qui pourrait nous diviser, comme les élections en France ; ne pas soutenir une lutte, une action, une manifestation, etc., qui, en tout ou en partie, serait contraire aux idéaux de la Commune. Une idée a été émise : pourquoi ne pas créer une commission « Présent » ?

SYLVIE BRAIBANT

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