Parmi le calendrier 2026 de la mission des commémorations nationales, assurée par l’Institut de France sous le nom de France Mémoire, nous trouvons le 15 janvier 1826 : fondation du journal Le Figaro.
Le Figaro, 15 janvier 1826 (1er numéro, des 1 à 14 janvier 1826) (source BNF/Gallica)

Le Figaro, 15 janvier 1826 (1er numéro, des 1 à 14 janvier 1826) (source BNF/Gallica)
Bernard Noël, auteur du Dictionnaire de la Commune (1), consacre plus de 70 entrées sur les journaux au temps de la Commune.
Il rappelle les principales rubriques du 4 pages parisien de 6 colonnes, dirigé par H. de Villemessant : dépêches de France et de l’étranger, échos politiques, chroniques des villes de France, le Pilori de la politique, Tout Paris, comptes rendus des séances de l’Assemblée, faits divers, courrier des théâtres, cours de la Bourse. Prix : 15 c.
La règle est d’être caustique et brillant.
Le Figaro a été le seul organe de presse à ne pas protester contre la suppression de certains journaux, le 11 mars, par le général Vinoy. Le 15, il s’en explique :
Nul plus que moi n’est jaloux des droits et de la liberté de la presse ; mais je n’admets pas que ces droits et cette liberté si loin qu’on les pousse, dégénèrent en un privilège couvrant délits et attentats.
Quelques jours plus tard, il est empêché de paraître par la foule et par le Comité central. Il écrit : (il)
a été victime d’un acte inique, contre lequel il ne saurait trop protester au nom de la liberté de la presse.
Il se transporte à Versailles.
Il se plaint des communards :
Qu’ils sont dangereux dans leur sincérité !
Il donne ce conseil :
Mettez sur les bords de la Nouvelle-Calédonie les 150 000 personnes qui ne veulent pas se soumettre aux lois. Donnez-leur des vivres et des vêtements pour un an, fournissez-leur des outils, des armes, faites-leur une pacotille et dites-leur de fonder leur commune en paix (15 mai).
Le lendemain, Le Figaro réclame l’extermination de…
tous les Polonais interlopes, tous les Valaques de fantaisie, qui ont régné deux mois sur la plus belle et la plus noble ville du monde (…) Jamais, pareille occasion ne s’est offerte pour guérir Paris de la gangrène morale qui le ronge depuis 20 ans. Les Parisiens doivent subir les lois de la guerre, si terribles qu’elles soient.
Aujourd’hui, la clémence serait de la folie.
Le Figaro disparaît de Versailles et reparaît à Paris le 30 mai.
Vive l’ordre ! Vive l’armée !
D’un côté, d’interminables et épouvantables descriptions des horreurs communardes (les otages) et des incendies. Mais, les exécutions sommaires par l’armée sont jugées une expiation trop douce.
Les convois des femmes prisonnières sont décrits ainsi :
qu’on se rassure en pensant que toutes les maisons de tolérance de la capitale ont été ouvertes par les gardes nationaux communeux qui les protégeaient.
Louise Michel rapporte dans La Commune (2), à propos des bourgeoises curieuses et badaudes ;
(...) L’une d’elles, de superbe profil grec, mais posant trop, me demanda d’un ton fort poli si je savais bien lire ! Un peu, lui dis-je. Alors je vais vous laisser un livre pour vous entretenir avec Dieu. Laissez-moi plutôt le journal qui passe dans votre poche, lui-dis-je, le Bon Dieu est trop versaillais. Elle tourna le dos, mais je vis dans sa main, derrière son dos, le journal qu’elle me tendait. (…) Un journal ! Le Figaro ! Nous allons apprendre nos crimes, et surtout voir, s’il y a des amis arrêtés.
Bernard Noël termine sa chronique par la lettre d’un lecteur du Figaro, reproduite le 1er juin 1871 :
Chacun de nous doit faire la police de son quartier et signaler d’une manière implacable tout individu ayant pris une part active à cette déshonorante insurrection. C’est un devoir civique.
Pour 2026, le quotidien a sorti un hors-série : Le Figaro traverse les siècles, 200 ans d’histoire de France. Nous trouvons 12 journées de la vie du Figaro. Le 30 mai 1871 est titré La grande peur.
Nous y trouvons cette inexactitude le 19 mars,
la Commune alors vagissante (…) dans ses locaux : ces gentlemen à moitié ivres car il n’était encore que midi emplissaient la cour et la rue.
La Commune n’a été proclamée que le 28 mars. À aucun moment dans cet article, Madeleine Meteyer ne dit que Le Figaro a été un franc-fileur en s’installant à Versailles… mais le 30 mai,
l’ ordre règne.
MICHEL PINGLAUT







