Le premier souci du Comité central dès la nuit du 18 au 19 mars, est d’organiser des élections pour légaliser la situation. Cela est apparu par la suite, pour certains, comme un manque d’initiative révolutionnaire, mais le suffrage universel passait pour le meilleur moyen d’expression de la volonté populaire et le communalisme aura un véritable culte pour l’élection.

Affiche de la Commune de Paris du 19 mars 1871 - Le Comité central de la Garde nationale au Peuple.        Affiche de la Commune de Paris  du 19 mars 1871 - Comité central de la Garde nationale,  décret sur les élections communales.

 

Le 21 mars, le Comité central publie l’arrêté suivant :

Le Comité central, n’ayant pu établir une entente parfaite avec les maires, se voit forcé de procéder aux élections sans leur concours.

En conséquence, le comité arrête :

1° Les élections se feront dans chaque arrondissement par les soins d’une commission électorale nommée à cet effet par le Comité central ;

2° Les électeurs de la ville de Paris sont convoqués jeudi 23 mars 1871, dans leurs collèges électoraux, à l’effet d’élire le conseil communal de Paris ;

3° Le vote se fera au scrutin de liste et par arrondissement ;

4° Le nombre de conseillers est fixé à 90, soit 1 pour 20,000 habitants et par fraction de plus de 10,000 ;

5° Ils sont répartis d’après la population de chaque arrondissement ;

6° Les électeurs voteront sur la présentation de la carte qui leur a été délivrée pour l’élection des députés de l’Assemblée nationale, le 8 février 1871, et dans les mêmes locaux ;

7°Ceux des électeurs qui n’auraient pu retirer leur carte à cette époque ou l’auraient égarée depuis, prendront part au vote, après vérification de leur inscription sur la liste électorale. Ils devront faire constater leur identité par deux électeurs inscrits dans leur section ;

8° Le scrutin ouvrira à 8 heures du matin et sera clos à 7h du soir ; le dépouillement commencera immédiatement après la clôture du scrutin.

   CITOYENS,

Le comité central remet aux mains du peuple de Paris le pouvoir tombé de mains indignes. Les élections communales se feront d’après le mode ordinaire ; mais le comité central exprime le vœu qu’à l’avenir le vote nominal soit considéré comme le seul vraiment moral et digne des principes démocratiques.

 

 Journal officiel du 22 mars 1871 (cliquer sur l'image pour le lire)    Affiche de la Commune de Paris du 22 mars 1871 - Le Comité central de la Garde nationale remet l'élection au 26 mars    

Affiche de la Commune du 26 mars 1871 - Election pour le Conseil communal à Paris 5ème

La date du 21 doit être reportée d'abord au 23 puis au 26 mars en raison de deux évènements :

    • d'une part, les efforts de conciliation entrepris par les maires d'arrondissement et les élus parisiens (dont Clemenceau, Millière, Tolain, Cournet, Lockroy, Malon) essayant d'éviter l'affrontement entre l'Assemblée nationaleet la garde nationale.
    • d'autre part, les manifestations les 21 et 22 mars du parti de l'ordre et de l'occupation de certaines mairies d'arrondissement par des bataillons bourgeois de la garde nationale.
À Paris, le 21 , une seconde fois le 22, quelques centaines d’ »amis de l’ordre », monarchistes et bonapartistes, manifestent place Vendôme et se heurtent à la Garde nationale. Il y a des morts des deux côtés.

 

Les maires d'arrondissement et les députés de la Seine acceptent le 25 mars de cosigner avec le Comité central le texte appelant les électeurs parisiens à se rendre aux urnes.

Affiche de la Commune de Paris du 25 mars 1871 - Convention entre les maires et le Comité central de la Garde nationale (Ranvier et Arnold)

Rompant décisivement avec la légalité versaillaise, le Comité central attend un appui, un acquiescement du reste de la France.

La campagne est brève. Trois courants se partagent l'opinion : les partisans du gouvernement préconisent l'abstention. ; les conciliateurs s'appuient sur les candidatures modérées des maires en place ou de leurs adjoints ; le parti de la Commune regroupe le Comité central de la Garde nationale, le Comité central républicain des Vingt arrondissements et les Internationalistes.

Les témoignages concordent pour affirmer que les opérations se déroulent presque partout dans le calme et sans contrainte. Ces élections se déroulent selon les dispositions retenues et dans un calme que tous les journaux parisiens s’accordent à reconnaître. Le vote s’achève souvent tard dans la nuit du fait de l’affluence dans les quartiers populaires.

Il n’est pas facile de faire une étude exhaustive des résultats, dans une ville qui a perdu après septembre 1870, un nombre non négligeable de population. L’élection se fait par arrondissement. Chaque électeur dépose une liste de noms de son choix en nombre égal à celui des postes à pourvoir. L’estimation la plus récente est celle de Jean-Louis Robert, dans une copieuse synthèse d’histoire de la Commune qui sera publiée prochainement. Il a bien voulu nous confier une partie de son étude :

« Il y avait 480 000 électeurs inscrits, chiffre déjà discutable car il y eut des inscriptions complémentaires, et il n’y eut aucune radiation sur les listes originelles de 1870. Il y eut environ 225 000 votants, soit 47% environ des inscrits. Le chiffre est très voisin des 232 000 votants des élections municipales du 5 novembre 1870. On ne peut donc guère en contester la légitimité.

Sur l’ensemble de Paris, combien de voix ont obtenu les candidats favorables à la Commune ? La chose est fort complexe car il y a multiplicité de candidats favorables à la Commune qui dispersent et affectent le total des voix favorables. En nous en tenant au candidat favorable à la Commune ayant obtenu le plus de voix, arrondissement par arrondissement, nous sommes donc légèrement en dessous de la réalité. Ce total monte à 162 000 voix, soit 72% des votants et 34% des inscrits.

[…] La conclusion s’impose : certes la Commune est loin d’obtenir la majorité des électeurs inscrits, mais elle est majoritaire non seulement sur les votants de mars, mais aussi sur les votants de février. Le Peuple politique lui donne donc la majorité.

Au fond la Commune obtient les voix de la plus grande partie des républicains parisiens, avec la quasi-totalité des voix des internationalistes, socialistes révolutionnaires, républicains socialistes, et une partie très importante des républicains radicaux et patriotes. »

La proclamation des résultats attire, place de l’Hôtel- de-Ville une foule enthousiaste estimée à 200 000 personnes, absolument impensable dans un Paris mécontent. A la suite des démissions (notables élus dédaignant de siéger ou donnant leur démission), des candidatures multiples (Arnould, Blanqui, Theisz, Varlin élus dans plusieurs arrondissements) et des morts (Duval, Flourens), le Conseil de la Commune se trouve amputé de près du tiers des conseillers prévus.

Des élections complémentaires sont alors décrétées pour le 5 avril. Elles sont ajournées au 10 et finalement au 16 avril. Les abstentions sont cette fois massives. La Commune décide que dans ces conditions, sont élus les candidats ayant obtenu la majorité absolue sur le nombre de votants. Cette décision est prise par 26 voix contre 13. Suite à de nouvelles démissions, le Conseil de la Commune, cette fois encore n’est pas au complet.

 

 

Les élus de la Commune (1)

Élu

Profession

Appartenance politique

Âge en 1871

AIT = membre de l'Internationale

B = blanquiste

J = jacobin

m = membre de la minorité après le 1er mai

Jules Allix

professeur libre

Socialiste

53

Charles Amouroux

ouvrier chapelier

AIT

28

Jules Andrieu

employé de préfecture

Proche de l'AIT

46

Armand Antoine Jules Arnaud

employé

AIT

40

Georges Arnold

architecte

m

34

Arthur Arnould

employé puis journaliste

m

38

Adolphe Assi

ouvrier mécanicien

30

Augustin Avrial

ouvrier mécanicien

AIT, m

31

Jules-Nicolas-André Babick

parfumeur et chimiste

AIT, m

51

Jules-Henri-Marius Bergeret

ouvrier typographe

41

Charles Beslay

ingénieur

AIT

75

Alfred-Édouard Billioray

artiste peintre

30

Stanislas Xavier Pourille dit Blanchet

brocanteur, moine, journaliste

38

Paul Antoine Brunel

officier de carrière

Républicain socialiste

41

Louis-Denis Chalain

maçon, puis tourneur en bronze

AIT

26

Henry Louis Champy

ouvrier en orfèvrerie

25

Jean-Baptiste Chardon

ouvrier chaudronnier

AIT, B

32

Adolphe Clémence

ouvrier relieur

AIT

33

Émile Léopold Clément

ouvrier teinturier

m

47

Jean Baptiste Clément

ouvrier cordonnier

45

Victor Clément

chansonnier

35

Gustave Paul Cluseret

officier de carrière

AIT

48

Gustave Courbet

artiste peintre

m

52

Frédéric Cournet

professeur, journaliste,voyageur de commerce, employé

J,  (AIT en exil)

32

Charles Delescluze

journaliste

J

62

Antoine Demay

ouvrier statuaire

AIT

49

Louis-Simon Dereure

ouvrier cordonnier

AIT, B

33

Baptiste Descamps

ouvrier mouleur puis employé

35

Clovis Dupont

ouvrier vannier

41

Jean-Martial-Anthime Dupont

employé de banque

J

29

Jacques Louis Durand

ouvrier cordonnier

AIT

54

Émile-Victor Duval

ouvrier fondeur

AIT, B

31

Émile Eudes

employé

B

28

Théophile Ferré

comptable

B

26

Gustave Flourens

professeur et biologiste

J

33

Léo Fränkel

ouvrier bijoutier

AIT, m

27

Charles Ferdinand Gambon

avocat, juge

J, (AIT en exil)

51

Charles Gérardin

ouvrier peintre

AIT, m

44

Eugène Gérardin

graveur puis courtier de commerce

J

28

Jean-Baptiste-Hubert Geresme

ouvrier chaisier

45

Paschal Grousset

journaliste

J

27

Fortuné Henry

maroquinier, poète, journaliste

J

49

Jules-Paul Johannard

placier en fleurs artificielles

AIT

28

François Jourde

clerc de notaire puis comptable

m

28

Camille Langevin

ouvrier tourneur

AIT, m

28

Charles Ledroit

cordonnier puis photographe

53

Gustave Lefrançais

ex-instituteur

AIT en exil, m

45

Alphonse Lonclas

sculpteur sur bois ou commerçant

30

Charles Longuet

journaliste

AIT, m

32

Benoît Malon

ouvrier teinturier

AIT, m

30

Jules Martelet

ouvrier peintre

AIT, B

28

Léo Melliet

avocat

AIT

30

Jules Miot

pharmacien

proche AIT

61

Henri Mortier

découpeur sur bois

B, AIT

26

François-Charles Ostyn

ouvrier tourneur

AIT, m

48

Émile Oudet

ouvrier peintre sur porcelaine

Proche AIT

45

François-Louis Parisel

médecin et pharmacien

30

Philippe (Jean Fenouillas dit)

commerçant en vin

42

Jean-Jacques Pillot

ancien prêtre, médecin

B, AIT

63

Jean-Louis Pindy

ouvrier menuisier

AIT, m

31

Eugène Pottier

dessinateur sur étoffe

AIT

55

Eugène Protot

avocat

B

33

Ernest Puget

peintre sur porcelaine puis comptable

45

Félix Pyat

journaliste

J, AIT

61

Arthur Ranc

journaliste

40

Gabriel Ranvier

ouvrier peintre

B, proche AIT

43

Paul Philémon Rastoul

médecin

m

36

Dominique Régère

vétérinaire

AIT

55

Raoul Rigault

journaliste

B

25

Auguste Serraillier

ouvrier cordonnier

AIT, m

31

Auguste Sicard

marchand en crinolines

42

Albert Theisz

ouvrier ciseleur

AIT, m

32

Gustave Tridon

journaliste

B, m

30

Alexis Louis Trinquet

ouvrier cordonnier

B

36

Raoul Urbain

instituteur puis employé de chemin de fer

J

35

Édouard Vaillant

ingénieur et scientifique

AIT, B, m

31

Jules Vallès

journaliste

m

39

Eugène Varlin

ouvrier relieur

AIT

32

Augustin Verdure

instituteur révoqué

AIT

46

Auguste Vermorel

journaliste

m

30

Pierre Vésinier

journaliste

AIT

48

Auguste Viard

Courtier de commerce et marchand de couleurs

35

   

 

(1) La base est celle du « Maitron ». Les notices biographiques détaillées sont sur le site : https://maitron.fr/ . L’ensemble des notices résumées se trouve dans M. Cordillot (coord.), La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l’événement, les lieux, Éditions de l’Atelier, 2020.

 

Statistiques profession des élus (plus de 5) :

- 32 ouvriers

- 12 journalistes

- 7 employés

- 7 médecins/pharmaciens/vétérinaires

- 5 artistes

Statistique sur les âges, parmi les 83 élus dont nous connaissons l'âge

- 19 ont 30 ans ou moins

- 28 ont entre 30 et 40 ans

- 23 entre 40 et 50

- 13 plus de 50 avec le doyen Beslay des Côtes-du-Nord 75 ans.

57 % ont moins de 40 ans, 23 % moins de 30 ans