Séance à l’Assemblée

Focus résumé sur deux des nombreux sujets abordés lors de la séance à l’Assemblée.

Le mandat impératif a pour première conséquence d’interdire à un élu de démissionner, comme le démontrent explicitement les débats suscités par Félix PYAT entre le 20 et le 25 avril. En désaccord avec la majorité de la Commune sur la validation de l’élection de plusieurs candidats qui, le 16, n’ont pas obtenu le minimum légal de voix, le jacobin Pyat adresse à ses collègues une lette de démission. Il y explique que les élus n’ont pas le droit de remplacer les électeurs, que les mandataires ne doivent pas se substituer au souverain et que l’usurpation du pouvoir électif par la Commune est inadmissible.

Felix Pyat (1810-1889)Démission Félix Pyat (1) :

La séance s’ouvre sur un incident au sujet d'un article du « Vengeur » et de la démission de Félix Pyat. Les échanges oraux traduisent bien le climat dans lequel se tiennent les réunions.

Le Président :

« Nous avons reçu la démission de Félix Pyat, mais cela ne le dispense pas de la responsabilité des actes auxquels il a participé. Le Vengeur d'hier blâme avec force la suppression de plusieurs journaux; or je tiens à constater que cette mesure a été approuvée ici par le citoyen Félix Pyat et qu'il en a même, dans une certaine mesure, pris l'initiative; il faut qu'on le sache, et je demande que mon observation, qui est une observation de moralité politique, soit insérée à l'Officiel ».

Le citoyen Mortier :

« Il a été décidé antérieurement qu'il serait bien convenu qu'aucune démission ne serait admise, et je ne vois pas pourquoi le citoyen Félix Pyat, qui était présent lorsque la mesure sur les journaux a été prise, donne aujourd'hui sa démission ».

Le citoyen Clément :

« Voilà mon opinion sur l'incident. Le citoyen Félix Pyat a toujours été, et je ne l'en blâme pas, pour les mesures énergiques. Eh! bien, je trouve étrange qu'aujourd'hui il nous accuse, et non seulement au sujet de la presse, mais il y a encore dans son journal un blâme au sujet des citoyens. Eh! bien, je dis qu'il est indigne du citoyen Félix Pyat de déserter ainsi la cause. Vous avez arrêté des gens pour bien moins. Je demande formellement l'arrestation de Félix Pyat ».

Félix Pyat :

« Le citoyen Mortier s'est trompé. Je n'ai pas donné ma démission sur la question de la presse, mais sur la question des élections.  Si je n'avais été retenu le 20 avril au Ministère de la guerre, le jour où la question des élections a été tranchée, j'aurais voté avec la minorité de la Commune. Je crois que la majorité cette fois s’est trompée. Je doute qu’elle veuille revenir sur son vote. Mais je crois que les élus n’ont pas le droit de remplacer les électeurs. Je crois que les mandataires ne doivent pas se substituer au souverain.

Je crois que la Commune ne peut créer aucun de ses membres, ni les faire, ni les parfaire; qu'ainsi elle ne peut, de son chef, fournir l'appoint qui leur manque pour leur nomination légale. Je crois enfin, puisque la guerre a changé la population, qu'il était juste de changer la loi plutôt que de la violer. « Née du vote, la Commune, en se complétant sans lui, se suicide. Je ne veux pas être complice de la faute. Je suis convaincu de ces vérités au point que, si la Commune persiste dans ce qui me semble une usurpation du pouvoir électif, je ne pourrai concilier le respect dû au vote de la majorité, et celui dû à ma conscience. Et alors je serai forcé, à mon grand regret, de donner, avant la victoire, ma démission de membre de la Commune ».

Le Président :

« Je demande à faire une observation. Le bureau me fait observer que l'on passe à l'ordre du jour pur et simple, attendu qu'un vote antérieur avait déjà décidé que l'on n'accepterait aucune démission. »

 

 

Felix-Pyat (1810-1889) - journaliste en 1839Biographie de Félix Pyat : (Extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889).

Représentant du peuple en 1848, en 1849, en 1871, député de 1888 à 1889, né à Vierzon (Cher) le 4 octobre 1810, mort à Saint Gratien (Seine et Oise) le 3 août 1889, fils d’un avocat royaliste, il fit de brillantes études au collège de Bourges, fut reçu bachelier à seize ans, et vint suivre les cours de droit de la faculté de Paris.

Son père le destinait au barreau, mais Félix Pyat se jeta dans le journalisme militant dès qu’il fut reçu avocat en 1831.

L’existence politique de Félix Pyat ne commença qu’à la révolution de 1848. Il fut nommé commissaire général du Cher ; très populaire dans le département, il fut élu représentant du peuple à l’assemblée constituante ; Il allait siéger parmi le républicains les plus avancés et vota constamment avec le groupe de la montagne.

Lors de l’autorisation de poursuites contre Louis Blanc il favorisa son départ de France en le conduisant à Saint Denis.

Le 5 octobre 1848, il proposa, au cours du débat sur la Constitution, la suppression de la Présidence de la République.

Il devait s’exiler de 1849 à 1869 en séjournant en Suisse, en Belgique, en Angleterre tout en poursuivant son œuvre de propagande, de récits révolutionnaires. L’amnistie générale du 15 août 1869 lui permit de rentrer en France.

Condamné à nouveau en 1870, Il devait retourner en Angleterre et fut condamné par contumace par la haute cour à cinq ans de prison et 6000 francs d’amende.

De retour à Paris à la chute de l’Empire, il s’empressa de fonder le journal le Combat où il attaqua vivement le gouvernement de la Défense nationale et fit campagne pour l’élection de la Commune. Il devait dénoncer dans son journal l’envoi par le Maréchal Bazaines d’un aide de camp au roi de Prusse pour traiter de la reddition de Metz.

Son journal Combat supprimé, il le remplaça par le Vengeur. Il fut élu le 8 février 1871 représentant de la Seine à l’Assemblée nationale. Il alla à Bordeaux voter contre la paix.

Il revint à Paris, continua à rédiger le Vengeur et accepta le 26 mars le mandat de membre de la Commune pour le 10ème arrondissement de Paris. Il participa aux commissions exécutives et des finances, puis au Comité de Salut Public ; Il signa le 22 mai le dernier numéro du Vengeur qui invitait la Garde nationale à la résistance à outrance. Il organisa la lutte dans le 10ème, puis échappa aux poursuites, et ne quitta Paris, où il se tenait caché, pour se rendre en Angleterre que dans le courant de l’année 1872.; A la fin de mars 1873, il fut condamné à mort par contumace par le 3ème conseil de guerre.

Rentré lors de l’amnistie plénière de 1880 ; il fonda un nouveau journal intitulé la Commune.

Le 25 mars 1888, il fut élu député des Bouches du Rhône. En 1885, il fait représenter un nouveau drame à l’Ambigu, « l’Homme de peine », et avait réuni sous ce titre les cahiers du peuple et plusieurs de ses articles de la France libre.

Il meurt le 3 août 1889, à Saint Gratien dans une petite maison qu’il habitait depuis 1881.

 Félix Pyat / Encore un four !...  par Faustin (source Musée Carnavalet - Histoire de Paris)

Proposition Parisel :

« Citoyens, je vous ferai une proposition très importante. Vous avez formé neuf services; j'en demande un dixième, dont les pouvoirs consisteront à mettre, au service de la défense, les moyens que peut nous donner la science. Il faut que vous chargiez de ce service quelqu'un qui n'appartienne à aucun autre service. Si je demande la création d'un dixième service, c'est pour qu'il puisse élaborer ce que la science peut mettre de moyens de destruction au service de la Guerre. Il faudra pour ce service un homme muni de pleins pouvoirs et ayant une liberté complète d'action. Si vous faites cela, vous obtiendrez des résultats dont l'histoire parlera et, je vous le dis, la victoire sera entre vos mains. Il y a des poisons de diverses natures, des moyens de destruction puissants, des aérostats et même des produits alimentaires dont le service de la Guerre pourrait tirer les effets les plus décisifs. Ainsi, par quelques-uns de ces moyens, vous pourriez faire sauter le Mont-Valérien sans qu'il en coûtât la mort d'aucun de nos soldats. En terminant, ce que je demande, c'est un nouveau ministère usant de tous les moyens les plus révolutionnaires, et je demande que vous nommiez là un homme énergique et responsable sous le contrôle d'une commission ».

Alix : propose de le dénommer ministère du Progrès

Andrieux :

« Citoyens, je prends la parole pour deux motifs : le premier, c'est qu'il n'est pas nécessaire de créer un dixième service, et, le second, de montrer les illusions qu'on se fait sur certains moyens. Il est certain que, parmi les moyens destructeurs qui ont acquis une grande renommée, se trouve le feu grégeois. Les hommes, qui l'ont vu de près, savent que cela ne vaut rien. Je dis tout simplement ceci : Je ne m'oppose pas à ce que la science cherche à nous délivrer au plus vite de nos ennemis, mais je m'inscris contre l'adoption d'un dixième service, contre l'aveu officiel de ces moyens, par la raison fort simple que, si nous usons de ces moyens-là, on nous en rendra tous responsables, et si le procès-verbal prononçait le mot poison échappé au citoyen Parisel. »

Parisel :

« Non, non, pas échappé. »

Andrieux :

« Ne m'interrompez pas. Je demande que ces moyens-là soient mis sous un contrôle suffisant et sous la protection des lois, même contre les Versaillais. »

Le Président :

« Le citoyen Blanchet me remet cette proposition : « Je propose que cette commission soit nommée sans dénomination et sans en parler. C'est-à-dire que ce serait une commission en dehors de celles déjà existantes ».

Parisel :

« Elle serait formée, comme les autres, d'un délégué spécial, assisté d'une commission de contrôle ».

Clémence :

« J'appuie la proposition de Parisel, et il m'est indifférent qu'il soit formé ainsi un dixième service, mais je désire que le public connaisse la formation de la Commission ».

Allix :

« Oui, c'est important qu'elle soit connue ».

Clémence : 

« Ce qui a fait la force et la popularité du ministère ».

Clément :

« Je ne suis pas de l'avis de Clémence. Je demande que les Versaillais ignorent nos moyens de défense, car, sans cela, ils les emploieraient contre nous. En outre, quand j'entends Andrieux parler d'humanité vis-à-vis de Versailles, je ne suis pas non plus de son avis. Comment on nous cerne de tous côtés pour nous empêcher de manger, on nous bombarde, et l'on vient parler d'humanité! Je veux qu'on fasse appel à tous les moyens de guerre indiqués par la science; et, si le feu grégeois n'est pas un mensonge, qu'on l'emploie.

En un mot, qu'on se débarrasse des Versaillais, comme on aurait dû le faire des Prussiens; et, si vous ne le faites pas, vous aurez à recevoir des réclamations, des reproches. On vous dira que vous agissez comme le gouvernement du 4 Septembre, et, avant peu, vous recevrez peut être la visite d'une députation de Belleville, qui viendra vous adresser des reproches. Il faut employer tous les moyens avec les assassins de Versailles ».

Le Président donne lecture d'une pétition, signée par un grand nombre des gardes nationaux, demandant à ce que l'on se serve de la science.

Parisel :

« Je demande que l'on ne nomme pas une commission, mais que l'on donne les pleins pouvoirs à un homme, car les commissions ne feraient jamais rien ».

Andrieux :

« Je n'ai pris la parole que sur un mot du citoyen Parisel, le mot "poison" ».

Babick :

« On a proposé une Commission de trois membres, en qualité d'ignorant je demande à en faire partie. »

Varlin :

« Le principe est, je crois, admis par nous. Nous n'avons plus qu'à voter sur la Commission. »

Arnold dit qu'une commission de trois membres suffirait.

Grousset :

« Il faut que cette commission reste secrète et qu'il n'y ait qu'un seul homme responsable. Je voudrais que ce fût simplement une délégation civique, en dehors de la Guerre. Je voudrais qu'elle se composât de membres pris en dehors de la Commune, parmi les hommes de science, qui forceraient, pour ainsi dire, la main à la délégation de la Guerre, pour l'obliger à user des moyens énergiques qu'elle lui indiquerait ».

Jourde s'élève contre la multiplicité des commissions. Il y a une délégation à la Guerre : pourquoi en créer une nouvelle ? La Guerre peut s'adjoindre les hommes qu'elle croira nécessaires, pris, comme l'indique le citoyen Grousset, en dehors des autres services.

Delescluze :

« Il ne faut pas s'exagérer l'importance des secrets des inventeurs. La science officielle nous donne les moyens suffisants, pour arriver à ce que nous voulons. Miot me le disait tout à l'heure : on a dépensé 25.000 francs en essais nouveaux, mais, avec vingt-cinq mille francs de fulminate, on aurait détruit des divisions entières. Nous avons la dynamite, nous avons le picrate de potasse, difficile à manier, c'est vrai, mais que l'on peut encore maîtriser et conduire. Nous avons tous les moyens nécessaires, n'en cherchons pas de nouveaux. Vous aurez des gens qui vous proposeront des engins, vous demanderont de l'argent, et, au bout du compte, vous n'aurez rien. Pas de nouveaux moyens, citoyens, nous n'avons pas le temps. J'ai vu des expériences de fusées qui m'ont paru très belles, et, cependant, les hommes du métier m'ont dit que, deux fois sur quatre, ces fusées revenaient contre celui qui les employait. Avec les moyens connus aujourd'hui, nous pouvons assurer la défaite de nos ennemis ».

Parisel : 

« Voici ce que j'ai à répondre aux observations du citoyen Delescluze : oui, nous avons beaucoup de moyens en notre pouvoir, la dynamite par exemple, mais les moyens de s'en servir, les a-t-on ? Non ! Se sert-on des ballons ? Non ! Il faut nous en servir, nous; il faut surtout prouver que cette guerre, c'est l'intelligence contre la force brutale, la force des ruraux. Quant à moi, je vois la nécessité de former un service nouveau; pour ma part, nous savons apprécier l’inventeur sérieux de celui qui rêve. J'ai été élevé dans ce milieu-là. Nous avons trouvé des moyens nouveaux d'appliquer des choses connues; sous ce rapport-là, ne croyez pas qu'une commission nouvelle aura de l'influence à la Guerre, non ! Le général croit en ses bataillons; les commissions scientifiques discutent, commentent et ne prennent aucune décision. La Commission, qui adoptera telle ou telle invention, sera obligée de donner de l'argent; nous, nous surveillerons nos ouvriers et nous donnerons notre argent selon les résultats obtenus. Nous avons, à Paris, une certaine quantité de produits chimiques, trouvés dans les magasins de l'Etat; rien que ces produits serviraient à payer les nouveaux frais. Il y a urgence. Ce n'est pas un service qui regarde la Guerre, c'est un service tout différent. Nous élaborons les projets scientifiques et nous remettrons à la Guerre le soin de les appliquer. Nous préparons, et la Guerre appliquera. Ce ne sont pas les véritables raisons. La vraie est la répugnance pour l'emploi de ces procédés nouveaux. C'est, là, la pierre d'achoppement. Eh ! bien, le voulons-nous? Mais oui, et le plus tôt possible ».

Pillot :

« Ce que nous a dit le citoyen Delescluze, vous faisant connaître les moyens qui sont à notre disposition, tend à prouver qu'il urgent que nous nommions, soit une Commission, soit l’un d'entre nous, pour l'application de ces moyens et pour l'accueil de tous ceux qui pourront arriver. »

L'Assemblée désigne, à l'unanimité, le citoyen Parisel ! (2)

 

Médaille en l'honneur de François-Louis Parisel (1841-1878), chef de la délégation scientifique des poudres et salpêtres de la Commune de Paris, 14 mai 1871 (source Musée Carnavalet - Histoire de Paris)   Médaille en l'honneur de François-Louis Parisel (1841-1878), chef de la délégation scientifique des poudres et salpêtres de la Commune de Paris, 14 mai 1871 (source Musée Carnavalet - Histoire de Paris)

 

(1) Le 24 il souligne dans un article du « Vengeur », que sa démission procède d’une haute conception du mandat impératif : « j’ai dû protester par ma démission pour préserver le droit du souverain. Il n’y a que le peuple qui m’a élu qui puisse me dire si je dois sortir ou rentrer, s’il reprend ou non le mandat que je lui rends ». La polémique Pyat-Verrnorel continua jusqu'au 29 avril. L'Avenir du peuple du 28 avril publiait encore une violente diatribe contre Pyat. Félix Pyat demandait par ailleurs que l'Officiel soit gratuit et public. Tous les démocrates demandent l'instruction publique et obligatoire. « Si vous voulez être logiques, honnêtes et habiles, vous devez demander comme moi.la gratuité de l'Officiel. Votre journal n'est pas une propriété privée, c'est une entreprise de l'Etat, payée par l’impôt; vous ne pouvez pas faire payer le pauvre. Je demande la gratuité. »

(2) Les papiers de la Délégation scientifique, présidée par Parisel, et qui eut M. Gossart comme secrétaire, rapporte que c'était un ministère de la Guerre, organisé au point de vue civil, et qui devait l'être au point de vue révolutionnaire. Il est incontestable que la défense de Paris ne doit pas se faire seulement par les moyens militaires officiels; la force de Paris est dans l'emploi de tous les moyens de guerre et, principalement, des moyens révolutionnaires non mis en pratique jusqu'ici. Je crois aussi que l'annonce de l'emploi de ces moyens produirait le meilleur effet sur le moral de la Garde nationale et de la population parisienne; il aurait encore une grande influence sur Versailles, surtout quand les premiers effets de ces moyens se seraient fait sentir.