La redoute du Moulin de Saquet était l'un des ouvrages militaires de l’enceinte défensive de Paris. Située sur la commune de Vitry-sur-Seine, cette redoute se situait entre le fort d'Ivry et la redoute des Hautes-Bruyères à Villejuif.

Redoute du Moulin Saquet (17 Décembre 1870)  par Hussenot, Ernest , Dessinateur-lithographe (Musée Carnavalet - Histoire de Paris)

Militairement, une redoute est un fort ou un système de fortification de petite taille dont le rôle est de protéger un fort plus grand, de l’approche des canons de l’ennemi. 

La redoute du Moulin de Saquet fut au centre des enjeux militaires entre Français et Prussiens entre septembre 1870 et janvier 1871, et entre Communards et Versaillais en avril et mai 1871.

La redoute du Moulin de Saquet a été construite au lieu-dit « Moulin de Saquet », à Vitry à proximité d'une ferme dont le moulin a été démoli en 1857. Quelques années après, la ferme fut transformée en abri militaire, dotée de pièces d'artillerie destinées au contrôle de la Seine.

Détail des forts défensifs de Paris, dont la redoute du Moulin de Saquet au Sud entre deux autres redoutesLorsque la guerre contre les Prussiens est déclarée, la redoute du Moulin de Saquet n’est pas encore prête pour la défense de Paris. L’arrivée rapide des troupes ennemies suite à la débâcle de Sedan en septembre 1870 force le génie militaire français à achever la redoute du Moulin de Saquet en terre, et non en pierre, pour une meilleure résistance, comme prévu. 

Le 18 septembre 1870, une force de 2 000 hommes et 28 pièces d'artillerie de campagne est positionnée dans la redoute du Moulin de Saquet pour la renforcer. Des tranchées sont creusées tout autour.  

Durant le siège de Paris, la redoute du Moulin de Saquet met plusieurs fois en déroute des attaques prussiennes, avec l’aide du fort d’Ivry, tout proche. 

Dès le début de janvier 1871, la redoute subit un feu nourri de la part des Allemands. Le 17 janvier, la redoute du Moulin de Saquet est bombardée et subit des pertes importantes et un incendie. 

Dès le début de l'insurrection, les Communards prennent possession des forts de l’enceinte sud de Paris, et notamment de la redoute du Moulin de Saquet. Les forts d'Ivry à Arcueil sont placés sous le commandement de Walery Wroblewski, mais malheureusement sans plan général de défense ni organisation de la vie militaire.

Walery Wroblewski (1836-1908)

Dès début mai, la présence versaillaise se fait sentir. Dans la nuit du 3 au 4 mai, les Versaillais attaquèrent la redoute du Moulin de Saquet, ayant obtenu d'un officier traître le mot de passe du fort : « Vengeance ».

Malgré la présence de 500 hommes, les fédérés sont fatigués et mal commandés. Surpris, ces derniers ne peuvent se défendre et 50 d’entre eux sont tués, et 200 sont faits prisonniers. 5 canons sont capturés par les Versaillais. 

Suite à la perte de la redoute du Moulin de Saquet, les débats font rage au sein du Comité du salut public. Cet échec militaire est attribué au départ de Wroblewski pour le fort d'Issy. 

Finalement, Felix Pyat, un des 5 membres du Comité du salut public, démissionne. 

Les autres forts de la banlieue sud seront bientôt également repris par les troupes Versaillaises.

 

Paul Lafargue

Le dernier article de Paul Lafargue ! Bordeaux le 3 mai 1871 dans la La Tribune de Bordeaux.

Paul Lafargue, un presque oublié de l’histoire du socialisme. C’est au mieux le gendre de Marx, pour les potaches un peu dégourdis il est l’auteur du Droit à la Paresse, les plus cultivés évoqueront son enterrement avec Laura Marx dans Les Cloches de Bâle (1934), d’Aragon et rien, l’homme son œuvre et son action sont oubliés.
Paul Lafargue - Le droit à la paresse

Pourtant Paul Lafargue mérite mieux que cet oubli !

Merci à Michèle Audin pour son article et le texte de ses articles de reporter ! . Le journal La Tribune de Bordeaux, est inaccessible, ils sont bien sur dans le livre de Jacques Girault…

https://macommunedeparis.com/2016/12/27/de-notre-envoye-special-paul-lafargue-a-la-commune-de-paris/

Si nous sommes d’accord avec Michèle Audin pour dire que la réaction censure les nouvelles de Paris mais le cordon n’est pas aussi étanche. Il ne se trouve sans doute pas d’autre journal que La Tribune de Bordeaux pour publier un « reportage », quatre articles écrits par un journaliste rendant compte d’un séjour à Paris. Mais les nouvelles arrivent en province, pas simplement colportées par des émissaires de Paris.

Il y a bien sur les relais des « communards » dans certains départements, mais la presse de province relaie aussi les informations du paris de la Commune. Selon sa nuance bien sûr, du venin pur à un sympathie à peine voilée dans quelques journaux républicains : la Commune est diverse, socialiste peut être mais aussi patriote et républicaine. Par exemple dans les Côtes du Nord, si le sous-préfet de Lannion se méfiant des convictions républicaines du directeur du Lannionnais, Henri Mauger, préfère prendre de fait le contrôle des nouvelles venant de Paris car en Bretagne pour la réaction et le clergé catholique, un bleu c’est un rouge ! Cette pression ne peut s’exercer par exemple dans le même département sur un journal républicain modéré comme les « Côtes du Nord » de Saint Brieuc qui publiera en mars les déclarations intégrales de la Commune. Cette question des positions différentes dans la presse des divers départements mériterait une longue étude.

Lafargue, lui, séjourne à Paris du 7 au 18 avril 1871. C’est à la suite de ce séjour qu’il écrit une série d’articles pour le journal. 

 

La Tribune de Bordeaux, 3 mai 1871

Paul Lafargue (1842-1911)Dombrowski, en s’emparant d’Asnières, permit aux fédérés de déloger les royalistes de Levallois-Perret, de Villiers, du parc de Neuilly et de tout le côté droit de l’avenue de Neuilly ; en établissant à la tête du pont de chemin de fer d’Asnières des batteries, il menaça Courbevoie, le Mont-Valérien, et battit en brèche le pont de Neuilly, dont une arche est fortement endommagée ; en posant à la porte de la Muette, au Trocadéro, des batteries, il força le Mont-Valérien à suspendre son feu sur la porte Maillot, dont la brèche put être réparée et dont le pont-levis put être rétabli.

Aujourd’hui, hormis le côté gauche de l’avenue de Neuilly et la tête du pont de Neuilly, toute la rive droite de la Seine appartient aux fédérés, qui s’y fortifient et y établissent une nouvelle enceinte protectrice de l’enceinte de Paris. Les Versaillais peuvent reprendre Asnières, mais il a perdu toute l’importance qu’il avait alors qu’ils occupèrent la rive droite de la Seine [1].

Tous les forts du Sud ont été armés et abondamment approvisionnés de vivres et de munitions. Vanves et Issy ont pu braver inpunément les feux de la redoute de Châtillon, tandis qu’une grande partie du village de Châtillon était reprise par les gardes nationaux, qui s’y sont barricadés d’une façon si puissante qu’ils n’ont pu en être chassés par les royalistes, malgré leurs tentatives réitérées.

Les royalistes, en dépit de leurs échecs consécutifs, nourrissent un grand mépris pour les fédérés. Ces gens-là n’ont pas de généraux empanachés, ni de plans mûrement élaborés, voire même déposés chez les notaires. Thiers, au contraire, s’est occupé dès le premier jour de former un brillant état-major. Tous les héros de l’empire ont été recueillis avec effusion ; il paraît qu’il n’en a pas été de même des soldats et des officiers qui les avaient vu à l’œuvre pendant la triste campagne de 1870 à 1871.

Le 11, Mac-Mahon prit officiellement le commandement de l’armée active, tandis que Vinoy était mis au second plan à la tête de l’armée de réserve : pour lui adoucir sa disgrâce, on lui passa au cou le cordon de grand chancelier de la Légion d’honneur. On trouvait qu’il n’avait pas conduit les opérations militaires assez rondement ; il avait commis la faute énorme de n’avoir pas pris Paris en deux temps et quatre mouvements. Les personnes qui ont respiré l’atmosphère de Versailles, surchargée de passions politiques, de convoitises basses, de haines féroces, disent qu’il est difficile d’imaginer l’aveuglement de ces hommes. Ils ne vivent que pour écraser Paris ; et ils sont pressés d’en finir : les uns pour se débarrasser de leurs impitoyables accusateurs, les autres pour récolter des places, d’autres pour reprendre leur vie de plaisir et recommencer leurs soupers avec les cocottes… Mac-Mahon était chargé de contenter toutes ces aspirations ardentes.

Il débutait par un assaut sur Vanves et Issy ; il fut brillamment repoussé. Dans la nuit du 14 au 15, il recommença mais toujours avec le même succès. Les Versaillais renoncèrent alors à toute tentative de ce côté.

Thiers, avec une sérénité tout enfantine, disait qu’il avait trois moyens de rentrer dans Paris. Vinoy, en permettant à Dombrowski de lui enlever Levallois-Perret, Villiers, Neuilly, lui a compromis son premier truc. Mac-Mahon échouant à deux reprises dans ses assauts sur Vanves et Issy, lui compromit le second. Gare au troisième ! Il ne faudra pas s’étonner si l’on voyait Ladmiraud remplacer Mac-Mahon, qui serait nommé grand chancelier de l’ordre de la déroute, et qui prendrait le commandement des blessés et des morts du 11 au 12 et du 14 au 15.

En même temps que l’on battait les royalistes, on pensait avec une activité fiévreuse l’organisation militaire de la Garde nationale. Aujourd’hui un grand nombre de régiments sont équipés, armés et campent hors des remparts, le sac sur le dos comme des troupes régulières. Chaque corps est parfaitement constitué et a de la cavalerie, du génie, de l’artillerie et des fantassins. Le nombre des déserteurs venant de Versailles s’accroît tous les jours : dès leur arrivée à Paris ils sont incorporés dans la Garde nationale où ils s’engagent dans les compagnies franches en voie de formation.

Les armes abondent dans Paris et tous les jours on en découvre de nouveaux dépôts. On a retrouvé des canons jusque chez les parfumeurs ; dans une perquisition faite chez les jésuites, on saisit plusieurs centaines de chassepots. Les révérends pères prétendirent qu’ils leur avaient été laissés en souvenir par les soldats qu’ils avaient soignés pendant le siège. En soulevant le maître autel de Notre-Dame, on mit au jour plusieurs caisses de chassepots. On ne put expliquer leur présence que par un miracle : Dieu les avait cachés là pour que les fédérés pussent s’armer.

Dans une de ses dernières dépêches, Thiers parle de la quantité considérable de canons que possèdent les républicains et qui, d’après lui, auraient été trouvés sur les remparts, mais il oublie avec intention la quantité non moins considérable de mitrailleuses trouvées dans les arsenaux, surtout les mitrailleuses américaines d’un nouveau modèle qui ont été essayées la première fois à Versailles et à Issy contre les royalistes, elles ont fait trop de mal aux gendarmes et aux sergents de ville pour qu’ils puissent en parler avec calme. Et il s’en fabrique tous les jours de nouvelles : un entrepreneur s’est engagé à en livrer deux par jour d’un modèle tout à fait nouveau et beaucoup plus portatives que les anciennes ; deux hommes suffisent pour en porter une ; et leur effet semble, d’après les dernières expériences, plus meurtrier encore. La réaction a toujours espéré de voir les fédérés manquer de munitions ; l’abus qu’ils en faisaient aurait pu réaliser cet espoir. A deux reprises, Cluseret a été obligé de leur rappeler qu’ils devaient se modérer dans leurs dépenses de munitions. Plus la lutte dure, plus les troupes s’aguérissent, plus leur tir devient régulier ; mais ce gaspillage prouve la quantité énorme de munitions de toutes sortes tombées entre les mains des fédérés. Il est impossible de le calculer même approximativement. Dans beaucoup de secteurs les poudrières ont été pillées lors de la rentrée des Prussiens, et l’administration de la guerre s’occupe de se faire remettre les munitions emportées et cachées. L’administration trouve peu de difficulté dans sa tâche, car tous remettent avec empressement les armes et les munitions en leur possession, aujourd’hui que l’on sait qu’ils [elles] ne seront pas tourné[e]s contre eux.

Un officier m’a affirmé que la poudrière du Panthéon contenait à elle seule de la poudre pour une armée de 50 000 hommes pendant plus d’un mois. Les cartouches et surtout les gargousses manquaient, mais, plusieurs ateliers en fabriquant, un nombre considérable en ont été créé[e]s.

Ni les munitions, ni les hommes décidés à se battre ne font défaut. Déjà Paris possède une armée citoyenne bien organisée et largement approvisionnée de vivres et de munitions ; et chaque jour qui s’écoule augmente l’importance et la solidité de cette armée.

 

[1] La lecture attentive du Moniteur universel du 22 avril, le seul journal de Paris qui parvienne en province, malgré l’obscurité intentionnelle qui y règne, vous permet de démêler qu’Asnières a été repris par les troupes fédérales ou que son séjour a été rendu inhabitable pour les troupes royalistes, qui se sont repliées sur Bois-Colombes. [Note de Paul Lafargue]

 

(à suivre)

Paul Lafargue

 

Mais la suite ne parait pas !

Les Lafargue doivent quitter Bordeaux. Lafargue s’enfuit à Saint-Gaudens, en mai. Fin juillet, il était à Luchon (Haute-Garonne), tout près de la frontière espagnole, avec sa femme et les deux sœurs de celle-ci. Le 26 juillet, mourut, âgé de quelques mois, le troisième enfant des Lafargue qui avaient déjà perdu, en janvier 1870, une petite fille de trois mois , Au début d’août, suivi de sa femme et de son fils se réfugient en Espagne.

 

Résumé de la Vie de Lafargue emprunté à Michèle Audin et au Maitron.

 

né à Cuba en 1842

  • études en France depuis 1851

  • étudiant en médecine à Paris, combat le second empire, collabore à La Rive gauche, de Longuet

  • en 1865, rencontre Marx à Londres, participe au Congrès international des étudiants à Liège, est exclu des universités françaises

  • continue ses études en Angleterre, où il entre au Conseil de l’Internationale (1866) et se marie avec Laura Marx (1868)

  • tous deux reviennent à Paris, ont deux enfants, perdent une petite fille, et quittent Paris pour Bordeaux en septembre 1870, ils y ont un troisième enfant

  • signataire de l’affiche rouge (il est donc passé par Paris en janvier 1871)

  • de retour à Paris pendant la Commune, du 7 au 18 avril

  • fuit à Luchon avec Laura, ses deux fils et ses deux sœurs, pendant l’été, y perd encore un bébé, puis fuit en Espagne

  • perd un troisième enfant, s’installe à Londres avec Laura en 1872

  • de retour en France en 1882, activité militante et de journaliste ensuite

  • fondateur avec Jules Guesde du Parti ouvrier français, POF, sous l’étiquette duquel il fut même élu député

  • en 1911, au retour d’une soirée théâtrale à Paris, Paul et Laura Lafargue se donnèrent la mort à Draveil, Grande-Rue, n° 20, dans la maison où ils habitaient. Le dimanche 3 décembre 1911, leurs dépouilles furent incinérées au Père-Lachaise avec le concours d’une nombreuse assistance et d’une cohorte d’orateurs dont la présence simultanée à Paris attesta du renom de Lafargue dans le mouvement socialiste : Dubreuilh, secrétaire général de la SFIO, Bracke, Vaillant, Guesde et Jaurès, pour la France, Karl Kautsky, pour la Social-démocratie allemande, Anseele, pour le PO belge, Keir Hardie, au nom du Labour Party, Lénine, Alexandra Kollontaï pour le POSD de Russie, Roubanovitch pour les Socialistes révolutionnaires russes.

 

Sources : 

Girault (Jacques), La Commune et Bordeaux, Éditions sociales (1971).

Le blog de Michèle Audin : https://macommunedeparis.com/2016/12/27/de-notre-envoye-special-paul-lafargue-a-la-commune-de-paris/

Le Maitron : https://maitron.fr/spip.php?article24864

L’article de Wikipédia qui complète une première information sur Lafargue. : https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Lafargue