Pendant la guerre de 1870-1871 et jusqu’au mois de mars 1871, le château de Vincennes se trouve dans une zone neutre entre les armées allemandes dont les lignes sont très rapprochées, et Paris en état d’insurrection. Il est occupé par une garnison aux ordres du général Ribourt.

Donjon du château de Vincennes - Photographie ancienneL’une des conséquences de la Commune va être l’occupation du château de Vincennes par les gardes nationaux le 21 mars 1871. Les 2400 hommes de garnison, désobéissant aux ordres du général Ribourt, ouvrent les portes et fraternisent avec les communards. Les 130è, 180è et 204è régiments de la Garde nationale, commandés par le général Lullier, s’emparent alors du château. Le général et ses officiers peuvent néanmoins quitter le fort et rejoindre librement Versailles.

Le 24 mars 1871, le commandant Faltot chef de légion, vétéran des guerres de Pologne et d’Italie, compagnon de Garibaldi, un des plus actifs du 18 mars, appartenant aux fédérés, est nommé gouverneur de Vincennes

Le samedi 27 mai un colonel d’état-major versaillais vient négocier une capitulation. Faltot propose l’évacuation des 375 fédérés bloqués dans le fort et qui n’ont pris aucune part à la bataille de la Semaine Sanglante. Il demande des passeports en blanc, non pour lui, mais pour quelques uns de ses officiers de nationalité étrangère. Sur le refus des versaillais, le commandant Faltot commet la faute d’adresser la même demande aux Allemands. Mac-Mahon, dans la prévision d’un siège, avait sollicité l’assistance du prince de Saxe et l’Allemand veillait pour son confrère.

Pendant ces pourparlers, le Général Vinoy s’est ménagé des intelligences dans la place où quelques hommes traitres à la Commune s’offrent à réduire les fédérés intraitables. De ces derniers était Merlet, général du génie et de l’artillerie, ancien sous-officier, bien résolu à faire sauter la place plutôt que de la rendre. La poudrière contient 10 000 kilogrammes de poudre et 400 000 cartouches.

Le dimanche 28 à 8 heures du matin, un coup de feu retentit dans la chambre de Merlet. On accoure, il git par terre, la tête traversée par une balle de revolver. Le désordre de la chambre, la direction de la balle atteste une lutte. Un capitaine adjudant-major du 99ème, Bayard, très exalté pendant la Commune et que les versaillais mirent en liberté, avoua seulement qu’il avait dispersé les éléments de la pile préparée par Merlet pour faire sauter le fort.

La lutte est terminée dans Paris. Les officiers délibérèrent et il est convenu d’ouvrir les portes. La reprise du fort a lieu le samedi 29 mai, le lendemain de la chute de la Commune dans l’Est parisien. Le fort est le dernier monument à arborer le drapeau de la Commune.

A 14h30 les officiers et les hommes de la Garde nationale se rendent. A trois heures de l’après midi, les versaillais entrent. La garnison, sans armes, est massée au fond de la cour. Le 90ème de ligne prend possession du fort, la garnison désarmée est conduite à Versailles.

Le dernier acte de la tragédie se produit dans la nuit du 29 au 30 mai. Une commission militaire se réunit au Pavillon de la reine dans la salle dite « des conférences ». Elle juge et condamne à mort neuf officiers de la Commune.

Le fossé sud du château de Vincennes où furent fusillés 9 communards le 30 mai 1871 à 3 h 30 du matin.

L’exécution est fixée à 3 heures du matin, les neuf officiers s’alignent devant le peloton d’exécution, dans les fossés, à cent mètres de l’endroit où tomba le duc d’Enghien. Leurs cadavres sont enterrés sur place.

L’identité de ces officiers est connue aujourd’hui avec certitude, à la faveur d’une recherche de Jean-Louis Robert dans les archives de la préfecture de police.

Plaque de trois communards fusillés le 30 mai 1871

Ce rapport de police émane du Commissariat de Police de Vincennes, Cabinet du 1er bureau, qui mentionne :

État civil des neuf individus passés par les armes au Fort de Vincennes le 30 mai 1871 à 5 heures du matin.

Il s’agit de :

- OKOLOWICZ Charles,

- DELORME Hyppolite, Louis, Vincent,

- BAGRATION Alexandre, Constantin, Edouard,

- VAYAN Alfred,

- VIELLET Jean-Claude,

- REVOL Alexandre, Victor,

- BOURDIEU Jean,

- LEPECHEUX Charles, Eugène,

- VANDERBUSSCHE François, Armand.

Le capitaine de gendarmerie, commandant l’arrondissement de Vincennes, Signé Handebourg.

Le capitaine commandant la place de Vincennes, signé : Négrier.

 

Des neuf fusillés, nous proposons un focus sur le prince de Bagration.

BAGRATION Alexandre, Constantin, Edouard : né le 23 mai 1837 à Tiflis Russie (Géorgie), fils d’ Alexandre Bagration et de Constance Fretag, demeurant 17 rue Lepic.

Cet ex officier de l’armée russe, commandant militaire de la gare du Nord, a pris une part active à l’insurrection.

Descendant d’une grande famille de la haute noblesse russe qui régna longtemps sur la Géorgie et l’Arménie, le prince Alexandre Bagration, rallié à la Commune de Paris, fut nommé capitaine, aide-de-camp du général Cluseret, puis de Louis Rossel.

Réfugié à l’intérieur du fort de Vincennes à la fin de la Semaine sanglante, il est arrêté le lundi 29 mai 1871 lors de la reddition de la garnison et traduit devant un conseil de guerre dans la nuit du 29 au 30. Il est condamné à la peine de mort et aussitôt fusillé avec huit autres officiers dans les fossés du fort à 3 heures du matin, à cent mètres de l’endroit où était tombé le duc d’Enghien.

A l’heure de la parution de ce texte, nous ne sommes pas en mesure de préciser le lien familial qu’il existe entre notre prince communard Bagration et la dynastie de la famille Bagration proche des tzars de Russie et plus particulièrement entre son ancêtre Piotr Ivanovitch Bagration, Général d’infanterie tué à la bataille de la Moskova (Borodino) le 24 septembre 1812.

Napoléon lui rendra hommage après que le général eut succombé à ses blessures :

« Il n’y a pas de bons généraux russes, à l’exception de Bagration ».

Gageons que parmi nos adhérents il s’en trouvera certaines et certains capables d’établir avec précision ce lien généalogique.

 

Notes :

Ces propos sont tirés des ouvrages suivants :