LA COMMUNE PAR LA VOIX D’UNE INCONNUE
La Commune, une affaire de famille, Les souvenirs de Léontine Oudot, Éd. Plein chant, 2025.

La collection Voix d’en bas des éditions Plein chant accueille des textes issus du monde ouvrier. Le premier fascicule, publié en 1970, a pour titre L’Ascension, écrit par l’ouvrier Lucien Bourgeois. Elle s’enrichit Des souvenirs de Léontine Oudot avec en sous-titre La Commune, une affaire de famille. Son style est bien celui du peuple, précis, émouvant, dénonciateur. Elle nous présente sa famille, des ouvriers qualifiés, menuisiers en siège, linotypistes. Un oncle ciseleur, membre de l’Association internationale des travailleurs avec Camélinat, monteur en bronze. La vie est dure dans ce quartier du 11e arrondissement, tant en termes d’hygiène que des conditions de travail. Heureusement les bords de Marne ne sont pas loin.
La guerre est déclarée en 1870, Paris connaît son premier siège, la faim, le froid. Certains passages du livre font songer à celui de Victorine Brocher, Souvenirs d’une morte vivante. Léontine Oudot écrit ce qu’elle voit avec ses yeux d’enfant et Voici la Commune. Elle écoute les adultes et relève que la Commune a été vaincue par l’espionnage et la trahison, l’on parlait beaucoup trop et l’on n’agissait pas. Louise Michel fera un constat similaire. Le père de Léontine est à Auteuil dans la Garde nationale, il faudra reculer. Les versaillais envahissent Paris. Elle décrit les incendies causés par les bombes incendiaires lancées par ces mêmes versaillais, les fusillades :
Les pauvres combattants qui ont été pris dans le Père-Lachaise, on leur fait creuser une tranchée, ils y descendent et la mitraille marche, morts ou vivants, on jette de la chaux vive sur eux et on recouvre de terre, c’est sur les pentes qui descendent vers le Mur des fédérés que ces crimes ont été commis.
Un engagement républicain profond
Revenons à Léontine et à sa famille. Il faut fuir la répression, ils se réfugient à Saint-Maur puis ils reviennent sur Paris avec toujours la crainte d’être dénoncés. Ouvriers de métier, la famille ne peut guère s’éloigner des quartiers des métiers du bois, le faubourg Saint-Antoine. Léontine devient doreuse sur bois, laqueuse. L’engagement républicain reste profond dans la famille depuis l’Empire, elle suit le combat pour l’amnistie. Fidèle à la Commune, elle repose à sa demande dans la 96e division du Père-Lachaise près du Mur des fédérés.
FANCIS PIAN
DÉNONCER LA GUERRE CIVILE, SOCIALE !
André Léo, La guerre sociale, Éd. Le bas du pavé, 2025.

Nous sommes dans la salle du congrès de la paix à Lausanne fin septembre 1871. Voici quatre mois à Paris, les troupes versaillaises massacraient entre 15 000 et 20 000 personnes lors de la Semaine sanglante, sans compter les condamnés à mort et à la déportation. La sauvage répression contre la Commune de Paris est dans tous les esprits. Une femme a réussi à échapper à la dénonciation, aux balles, à la prison. Elle monte à la tribune pour, au nom de ses amis communards, parler de la guerre sociale qu’ils vécurent. C’est André Léo, journaliste, romancière, vivant de sa plume. Et rapidement, elle est conspuée, on l’accuse de ne pas rester dans l’ordre du jour. Les mots deviennent plus vifs :
« À bas la Commune ! À bas le pétrole ! »
Des provocateurs ? Elle ne peut finir son discours et le publiera sous forme de brochure. Les éditions Le bas du pavé le réédite et son actualité engage à la lecture.
André Léo, d’emblée, dénonce les monarchies, les crimes.
« La guerre et la monarchie se tiennent ; elles vivent et mourront ensemble. Mais il n’y a pas que la guerre entre les pays et les peuples, il est une autre guerre, à laquelle vous n’aviez pas songé, et qui dépasse l’autre de beaucoup en ravages et en frénésie. Je parle de la guerre civile. »
Elle remonte à 1848 lorsque le peuple fut fusillé en juin. Elle engage une réhabilitation de la Commune malgré un regard critique sur certains dysfonctionnements.
« Ces torts de la Commune depuis mai, j’ai besoin de les rappeler à ma mémoire. Un tel débordement de crimes a passé sur eux qu’on ne les voit plus. »
Elle souligne l’absence de pillage par les communards, l’absence de meurtres, rétablit la vérité sur les incendies. La propagande versaillaise
« excitait la France contre Paris, qui avait fait la République et la voulait maintenir. C’est ainsi que l’on flétrissait la victime avant de l’exécuter, et qu’on ruinait autour d’elle toutes les sympathies, avant de tendre le piège où elle devait périr. »
Un immense abattoir humain, elle évoque les jours de sang, les nuits d’angoisse et le bruit des mitrailleuses comme un cauchemar. Elle invite à protester. En vain…
Le refus de cette assemblée d’écouter le discours d’une femme qui après avoir traversé quantité de dangers, en appelle à la paix, attriste profondément André Léo qui conclut :
« Pour les hommes attachés à un milieu bourgeois, ce qu’ils nomment convenances étouffe les principes. Ils vivent de compromis ; puissent-ils n’en pas mourir ! »
Francis Pian







