Les Amies et Amis de la Commune de Paris 1871 ont appris avec une grande tristesse la disparition le 6 juin dernier, à l’âge de 96 ans, du peintre et plasticien Jacques Villeglé.

Jacques Villegle par Francois Poivret
François Poivret (photography), Jacques Villeglé (background work in 2016)., CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons

Parcours

Né en 1926 à Quimper, Jacques Villeglé étudie la peinture et le dessin à l’école des Beaux Arts de Rennes où il fait la connaissance de Raymond Hains avec qui il nouera une longue complicité artistique. En 1947, il se met à récolter à Saint-Malo des débris du mur de l’Atlantique qu’il transforme en sculptures.

 A son arrivée Paris en 1949, il rassemble, avec Raymond Hains, plusieurs milliers d’affiches lacérées ou taguées par des passants et tient « le journal du monde de la rue». Pour lui, le véritable artiste est le « lacérateur anonyme», la collecte pouvant être effectuée par n'importe qui. Il souhaite s’effacer derrière son œuvre ce qui explique son parti pris de titrer ses productions du lieu et de la date de leur trouvaille. Poussant encore plus loin l’idée de l’effacement de l’artiste, il ne signe ses productions que lorsqu’il les vend pour respecter les désirs d’une société qui veut posséder des valeurs patrimoniales et donc des œuvres signées. Pour composer ses tableaux, il décolle et découpe différents morceaux d’affiches, les recadre, les maroufle sur toile. Ses choix se portent sur des placards de journaux, des affiches politiques, publicitaires, des annonces d’expositions. L'enjeu est de faire une œuvre populaire avec ces affiches de rue, «reflet de la culture dominante».

En 1960, il est membre fondateur du mouvement des Nouveaux Réalistes avec Klein, Arman, Dufrêne, Hains, Tinguely, Spoerri et Raysse. Ces artistes ont des pratiques très différentes mais perçoivent comme point commun une démarche d’appropriation directe du réel.

S’il veut limiter son geste artistique à l’appropriation, prouvant ainsi qu’un nouveau type d’artistes peut exister, il admet effectuer une recherche sur la couleur: «L’affiche, émanation de la propagande des pouvoirs politiques et financiers, c’est par les couleurs qui débordent des déchirures qu’elle devient fleur de la vie contemporaine affirmation d’optimisme et de gaité»

A partir de 1969, il réunit et expose un alphabet sociopolitique en hommage au Professeur S. Tchakhotine, auteur en 1939 de Le Viol des foules par la propagande politique. À ces signes, qui marquent les tensions de notre époque, il mêle des symboles religieux ou ésotériques qui subsistent dans la mémoire collective.

Expositions

En 1978, le musée des Beaux Arts de Morlaix organise sa première exposition dans un musée.

En 2001, à l’initiative de l’Association des Amis de la Commune, une exposition, La Commune de Paris a 130 ans - 20 artistes d'aujourd'hui, se tient dans les locaux de la présidence de l'Assemblée Nationale, lieu symbole de la citoyenneté  Réalisée grâce à la générosité de vingt artistes contemporains, cette exposition témoigne que la Commune n’est pas recluse dans les livres d’Histoire, mais qu’elle est un souffle qui demeure et  anime encore les créateurs.

oeuvre de Villegle
Pour l’égalité économique – 200 x 200 cm

Le Centre Georges Pompidou lui consacre une grande rétrospective en 2008, saluant «la mémoire d’un grand artiste, flâneur et collecteur d’affiches dont le travail singulier a marqué la seconde moitié du 20e siècle».

Jacques Villeglé contribue en 2014 avec d’autres artistes à une nouvelle exposition organisée par les Amies et Amis de la Commune de Paris 1871 à l’Orangerie du Jardin du Luxembourg montrant un point de vue artistique contemporain sur la Commune de Paris.

En octobre 2016, à l’occasion de la FIAC à Paris, Jacques Villeglé est invité à inscrire une phrase au sol de l’avenue Winston Churchill. Avec les lettres de son alphabet sociopolitique, il écrit au pochoir une phrase d’Henri Michaux:«L’art est ce qui aide à tirer de l’inertie».

La Commune et les idéaux des communards inspirent des artistes contemporains comme les grands artistes d’hier, Courbet, Dalou et Manet entre autres. Cette page de notre histoire doit continuer à être défendue par ceux qui ont besoin de liberté pour s’exprimer: les artistes.

La commission communication

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