La première attaque versaillaise a lieu le 2 avril. A onze heures du matin, trois brigades versaillaises, en deux colonnes venant l’une par Rueil, l’autre par Montretout, se rejoignent au rond-point des Bergères. Les Versaillais disposent de 9 000 hommes répartis dans deux brigades d’infanterie dont 600 à 700 cavaliers. La brigade Bruat, où se trouve Vinoy, doit donner l’assaut direct sur Courbevoie. La cavalerie du général de Galliffet l’accompagne. Pendant ce temps, la brigade Daudel doit tourner les Fédérés par le nord.

Combat du pont de Neuilly (2 avril)  - Lithographie coloriée (Musée Carnavalet, Histoire de Paris).
La défense fédérée de Courbevoie est de faible ampleur. 500 à 600 hommes seulement occupent le secteur, protégés par une barricade formée de charrettes et de tonneaux. Quelques meurtrières ont aussi été percées dans certaines maisons des alentours.
En fin de matinée, Gallifet déploie son artillerie et commence à canonner la caserne et la barricade de Courbevoie. Vers 12h, les Versaillais tentent un premier assaut mené par le 74e régiment. Celui-ci est pris sous le feu des défenseurs à proximité des maisons et s’enfuit en désordre. Dans sa fuite, il manque d’entraîner les artilleurs de Galliffet. Celui-ci, accompagné de son état-major, est obligé de les menacer de son revolver pour qu’ils poursuivent leur tir. Ils sont alors soutenus par l’artillerie de Vinoy alors que le 113e régiment menace la droite fédérée et que l’infanterie de marine prend Puteaux sur sa gauche.
Trop inférieurs en nombre et menacés d’être encerclés dans la caserne de Courbevoie, les fédérés se retirent sur Neuilly, où les obus versaillais font les premières victimes civiles. On peut lire ainsi dans le journal officiel : « Une pension de jeunes filles, qui sortait de l’église de Neuilly, a été littéralement hachée par la mitraille des soldats de MM. Favre et Thiers. » Les versaillais se retirent du champ de bataille dans la soirée et regagnent les environs de Versailles.

2 avril 1871 combat du pont de Neuilly (source : Le Monde Illustré du 8 avril)
Les pertes sont de 26 hommes pour l’armée versaillaise (5 morts et 21 blessés) et d’au moins 42 hommes pour les Fédérés (17 tués et 25 prisonniers). Sur les 17 tués fédérés, cinq comptent parmi les premiers fusillés de la Commune. En effet, les combats ne coutèrent directement que 12 tués et 30 prisonniers pour la Commune. Après la bataille, le général Vinoy ordonna l’exécution de cinq hommes qui furent fusillés dans un champ voisin.
C’est un dimanche et nul ne s’attend à l’ouverture de la guerre.


Commune de Paris 1871 - Porte MaillotLissagaray écrit : « Au bruit du Canon, Paris s’arrêta. Personne ne croyait à une attaque, tant l’on vivait depuis les vingt-huit mars dans une atmosphère de confiance…Quand les nouvelles, les voitures d’ambulance arrivèrent, quand ce mot courut : Le siège recommence, une même explosion vint de tous les quartiers. Les barricades se relèvent. On traîne des canons sur les remparts de la porte Maillot et des Ternes. A trois heures, cinquante mille hommes crient : « A Versailles ! » Les femmes veulent marcher en avant. Cette explosion populaire pousse l’état-major de la Garde nationale à tenter, le lendemain, une offensive. »


Source : 
Prosper-Olivier Lissagaray Histoire de la Commune de 1871 - La Découverte/Poche
Robert Tombs (trad. de l'anglais par Jean-Pierre Ricard), La guerre contre Paris, 1871 - Paris, Aubier-Flammarion, coll. « Historique (Paris)

 

 

Séparation de l’Église et de l’État

Le premier décret que promulgue la Commune, le 2 avril 1871 (moins d’une semaine après sa proclamation), est le décret séparant l’Église et l’État, 34 ans avant la loi de décembre 1905. Il est voté à l’unanimité.
On trouvera dans ce texte, les points d’ancrage de la laïcité :

Affiche de la Commune N° 59 du 3 avril 1871, décret de la séparation de l’Église et de l’État
C’est donc bien l’institution religieuse- et non la foi- qui est remise en cause. Le culte catholique n’est nullement interdit, même dans les églises où siègent des clubs. Si parfois il y eut quelques excès, l’exercice du culte n’est pas interdit. Les églises sont à la fois lieux de culte et de réunion de clubs de la Commune. La liberté de conscience est respectée. C’est la racine de la laïcité dans sa dimension politique et culturelle.

« Une séance du Club des Femmes dans l'église Saint-Germain-l'Auxerois - Gravure de Frédéric Lix pour Le Monde illustré du 20 mai 1871 - Bibliothèque historique de la Ville de Paris. »

Dans la foulée du décret, la Commune décide de créer, pour la première fois, l’école laïque, gratuite et obligatoire. Dès le 23 mars, c’est à dire avant les élections, un manifeste des sections parisiennes de l’Internationale exige « une instruction laïque, gratuite et intégrale. » Le 21 avril, onze ans avant les lois de Jules Ferry, le décret est voté. La Commission de l’enseignement, présidée par Edouard Vaillant, cherche alors à harmoniser ce qui s’ébauche au niveau des quartiers. Elle doit finalement exiger des municipalités qu’elles rendent à leur destination laïque toutes les écoles, les congréganistes refusant d’obéir aux ordres de la commune. Ce n’est en fait que les 14 et 17 mai que des décisions sont prises, trop tard, la guerre civile fait rage.
Dans les hôpitaux un appel est lancé pour remplacer le personnel religieux par du personnel laïque.
C’est ainsi que la France est sous la Commune, le premier état laïque du monde.